Le couple franco-allemand eut, quelque temps, un peu de sens : pour la France d’abord, qui crut trouver à Bonn l’indispensable partenaire d’une Europe reposant sur la coopération entre de grands États ; pour l’Allemagne surtout : affaiblie économiquement, politiquement et moralement par les deux guerres qu’elle a déclarées à ses voisins en 1914 et 1939, qu’elle a menées sans retenue, et qu’elle a l’une et l’autre perdues, l’Allemagne trouva fort opportune, dans les années 50 et 60, une alliance avec la France qui la réhabilita peu à peu. Le point culminant de ce qu’on appela dès lors, surtout en France, le « couple franco-allemand », fut, comme on sait, l’émouvant séjour que le chancelier Adenauer fit à Colombey-les-deux-Églises il y a cinquante ans – et qu’on célébra le 18 octobre dernier avec pompe mais sans entrain, et dans une pagaille remarquable.
Las, dès l’affaire du « protocole additionnel » par laquelle l’Allemagne rappelait sa relation privilégiée avec Washington, on vit qu’elle n’entendait pas se lier structurellement à la France. L’affaire provoqua l’une des plus mémorables colères du Général : découvrant qu’il avait été victime d’une sorte de double jeu, comme Briand l’avait été devant Stresemann et son célèbre finassieren, il retrouva d’un coup les mots extraordinairement violents (il parla même de « nouvelle guerre s’il le faut » devant un Peyrefitte médusé) qu’il eut tout au long de sa vie à l’endroit d’un voisin qu’il connaissait mieux que tout autre, et jugea continuellement dangereux. Cependant, aussi longtemps que la France, rétablie par la Ve République dans sa politique permanente, et par là dans son indépendance, demeura la première puissance européenne, l’Allemagne composa avec elle. Cependant, tandis que la France, égarant peu à peu sa politique et se niant elle-même au point de se persuader qu’elle fut complice des pires horreurs de la guerre, allait s’affaiblissant, l’Allemagne se rétablissait pas à pas. Aussi longtemps qu’elle n’avait pas accompli l’obsessionnelle « réunification », il lui fallait cependant faire patte de velours – à quoi Mitterrand fit semblant de ne voir que du feu.
Avec l’effondrement soviétique, l’occasion se présenta bientôt d’une réunification magnifique : on la vit aussitôt revenir à une politique de puissance, provoquant la dislocation de la Yougoslavie, se vengeant d’une petite Serbie qui, par deux fois, avait joué dans les guerres un rôle décisif contre elle, se réinstallant en Méditerranée par la Croatie et la Slovénie. Depuis Maestricht puis les élargissements, elle domine l’Europe de tout son poids.
Certes, on voit souvent perdurer des couples inégalitaires. Mais, en cette année 2008 dite des « noces d’or », on dépasse toute mesure. Dans l’actuelle « crise financière », la presse épilogue fort sur les « différences d’approche » entre Paris et Berlin : et certes, l’habile Chancelière n’est pas prête à recevoir dans la figure une sorte de Colbert ressurgi comme un spectre dans les actuels discours présidentiels. Elle ne l’envoie pas dire, les sommités européennes relayant à qui mieux-mieux le mot d’ordre : les « vieux » États sont tout juste des pompiers de circonstance, qu’il faudra renvoyer dans leurs casernes.
Union méditerranéenne ?
Cette année, une bien triste affaire avait déjà montré combien la politique de la France était entre les mains de celles de l’Allemagne : je veux parler d’une affaire qui fit grand bruit au printemps, et qui est passée incontinent à la trappe, l’Union méditerranéenne.
Certes, le Sommet de Paris des 12 et 13 juillet fut d’autant plus remarquable que l’équipe de l’Élysée se heurtait à des réticences innombrables, y compris au sein du Gouvernement. Si l’opiniâtreté de M. Guaino a du moins abouti à un beau ballet, en réunissant les dirigeants de 47 États, l’affaire, dans les faits, est proche du fiasco. En réussissant à canaliser l’initiative