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Mgr Rey, un évêque… vert ?

Falk van Gaver

Source : La Nef n°236 d'avril 2012
Face à ce qu’il dénonçait comme « la destruction insensée du milieu naturel », Jean-Paul II proclamait depuis longtemps déjà l’urgence d’une conversion écologique – suivi intensément dans ce sens par Benoît XVI, qui ne cesse de rappeler avec son intelligence et son bon sens que la terre ici-bas est notre seule maison.

Dans la lignée de ces grands papes dont il s’inspire filialement, Mgr Dominique Rey fait entendre aujourd’hui une parole forte en faveur d’un véritable « évangile écologique » (1) : « Il y a en effet dans la Révélation de quoi participer audacieusement à l’annonce d’un évangile écologique, capable de donner la profondeur qui fait défaut aux débats sur l’écologie, lorsqu’ils ne remontent pas aux causes véritables. »

L’évêque de Fréjus-Toulon, dans cette Lettre pastorale sur l’écologie, met les points sur les i : la crise écologique est un scandale et une tragédie qui nécessite un sérieux examen de conscience. Et de montrer l’exemple par un humble mea culpa : « Il n’est pas possible de considérer que les courants les plus radicaux de l’écologie ne sont que le fruit d’une vision utopique de la réalité. Au contraire, on doit lire à leur origine, comme en creux, une intuition, une attente déçue qui n’a pas trouvé de réponse. À cette soif de réconciliation avec la nature n’a pas correspondu la proposition renouvelée d’une théologie de la Création… »

Cependant, il distingue soigneusement l’écologie chrétienne et l’« écologie inhumaine » de certains courants minoritaires (deep ecology, antispécisme…), mais aussi d’une certaine idéologie malthusienne et eugéniste, obsédée par le contrôle démographique et qui agite régulièrement le spectre de la surpopulation. De même, l’écologie chrétienne se démarque des jargons onusiens en vogue : « Il y a quelques nuances entre le sauvetage de la planète et le respect de la création, entre le développement durable et le développement humain intégral. »

Mgr Rey de défendre une « écologie humaine », unitaire, intégrale, qui n’oppose pas l’humanité et la nature mais les relie : le défi n’est pas moins que recréer une alliance entre l’homme et la terre, l’alliance avec tous les êtres vivants conclue avec Noé jusqu’à la fin des temps. Mais pour cela, il faut d’abord « recevoir le monde comme un don de Dieu, reconnaître et respecter l’ordre voulu et imprimé par lui dans la Création ». Et redéfinir la juste place de l’homme dans l’univers : « Jamais la seigneurie de l’homme n’a consisté à assujettir la création, à la dominer en la rendant esclave, mais bien plutôt à la garder, à la mettre en valeur en entrant dans son langage, son rythme et sa logique propre. » Entre l’usage légitime et l’abus moderne, il y a un abîme. « On peut déplorer les accents inhumains de l’écologisme le plus radical, mais pourquoi ne pas reconnaître qu’il est le fruit d’une soif inassouvie ? Le chrétien peut légitimement partager le cri de révolte contre la vision du monde exclusivement matérialiste de l’existence, l’individualisme et le consumérisme ambiants. »

S’il met en cause la logique économique libérale et un certain productivisme, fils de l’idéologie du progrès, le pasteur, loin de s’arrêter à ses causes techniques ou historiques, affirme donc que la crise écologique actuelle est d’ordre métaphysique, anthropologique : « La création souffre à cause de l’homme qui ne reconnaît plus son état de créature et cherche à bâtir un monde sans Dieu. » Et ce partant moral : « S’éloignant de sa condition d’image de Dieu, l’homme en est venu à fouler le monde aux pieds : il l’a rendu esclave de son agir et s’est lui-même rendu esclave. »

Bref, la destruction de la nature ressort du péché originel, ce mystère d’iniquité qui est toujours à l’œuvre dans le monde, et dès lors ressort des structures de péché mais engage également la conscience de chacun : « On peut donc parler 
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