Michel de Saint Pierre (1916-1987), dont on célèbre cette année le 20e anniversaire de la disparition, a été un catholique très engagé dans le combat pour la messe traditionnelle. Il était surtout un romancier inspiré, donnant à la postérité les Aristocrates, les Nouveaux Prêtres, ou encore Les Murmures de satan. C’est cette facette, celle du romancier, catholique ardent, que nous explorons ici.
Michel de Saint Pierre s’est toujours fait une certaine idée de la littérature comme de la condition humaine. Regard singulier du romancier sur ses personnages, les bons, les médiocres, les séducteurs et les tentateurs, les êtres dévoyés comme les êtres habités par le Christ. Regard sans concession certes, mais regard d’amour, toujours. Comme François Mauriac le confiait dans Les Nouveaux Mémoires intérieurs, Michel de Saint Pierre aurait pu écrire sans crainte : « Dès mon adolescence, je me suis réclamé du nom de chrétien, et dès que j’ai commencé d’écrire, je m’en suis glorifié. J’ai écrit, comme si j’avais reçu mission d’annoncer le Christ. »
Le succès de la plupart de ses romans réside justement dans cette volonté d’écrire sans tabou sur des sujets auxquels il tient davantage par goût personnel que par calcul littéraire. Il occupera ainsi une place à part (un peu comme Gilbert Cesbron, son aîné de trois ans) dans la littérature des années 1970-1980, époque où justement vont éclore des écoles aussi différentes que celles des « hussards » et du « Nouveau roman ». Michel de Saint Pierre se situe bien souvent à contre-courant. Chez lui pas d’excès à la Léon Bloy, mais de la pondération. Il sait écouter, il sait être généreux. Pas étonnant qu’il ait fait sienne la devise de l’aviateur Georges Guyenemer : « Tant que l’on n’a pas tout donné, l’on n’a rien donné. » Il aimait citer aussi la fameuse devise de Charette, le royaliste vendéen à qui il consacrera une remarquable biographie (1) : « Combattu : souvent. Battu : parfois. Abattu : jamais. » Michel de Saint Pierre était un roc et un phare. Il parlait plus de foi que de religion, autant de vérité que d’autorité, autant d’amour que de tendresse. Il cultivait le panache des mots.
Revenons à sa vie. Lui, l’aristocrate, va là où on ne l’attend pas, se moque des conventions et cela depuis sa jeunesse. À 18 ans, bon tennisman, fier de son père, licencié en philosophie et en littérature, il sera ouvrier dans une entreprise de métallurgie à Saint-Nazaire avant d’être matelot ; en 1940 on le retrouve sur le Foch jusqu’à l’armistice. Ensuite, il accumule des petits métiers à Lyon comme déménageur ou colleur d’affiches. Puis il s’engage vaillamment dans la Résistance. Après la guerre, il refusera d’appartenir au fameux « Deuxième bureau », préférant se consacrer à l’écriture. Bien des années plus tard, lors d’une conférence, il s’exclamera : « J’ai vocation au témoignage.... Nous engageons des combats que nous voulons victorieux. Il s’agit d’affirmer ce que nous voyons, ce à quoi nous croyons et de l’affirmer sans crainte. Je donne aux jeunes cette devise : Vous compromettre. » Il savait de quoi il parlait. De Catherine de Sienne il avait retenu l’élan : « Il faut parler, il faut crier avec cent mille langues, car le silence pourrit tout. » Ses cris, il les mettra au service d’une écriture souple, ample et poétique. Il est un remarquable portraitiste et un dialoguiste hors pair. Travaillant ses sujets d’abord comme un journaliste, il se passionnait avec ardeur, autant pour ce qu’il appelait « l’évolution sociale » – c’est-à-dire la marche du temps – que pour son pays, dans ce qu’il a de tradition et d’héritage. « L’Humain ne m’intéresse qu’après le Français, dira-t-il. Quelqu’un m’ayant demandé ce que je ferais s’il n’y avait plus de France, je lui répondis : “S’il n’y avait plus de France, je ne ferais plus rien, car alors il n’y aurait plus rien.” » Tel était l’engagement entier de Michel de