Lumière du monde, le livre de Benoît XVI, a été lancé par une polémique sur le préservatif. Il parle cependant de bien d’autres choses. Présentation.
Ceux qui sont habitués aux textes de Benoît XVI, dans lesquels l’auteur présente une réflexion approfondie, resteront sans doute sur leur faim à la lecture de Lumière du monde. Cela tient au genre du livre : un entretien de six heures où le nombre de questions affleurées ne permet d’y répondre qu’en survolant les problèmes. L’intérêt de l’ouvrage, outre les confidences sur sa vie quotidienne sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas ici faute de place, tient surtout aux points de vue exprimés sur certains dossiers et à la manière dont il a réagi face à certains événements. En même temps, les grands thèmes du pontificat sont abordés dans cet ouvrage qui, à proprement parler, ne relève pas d’un acte magistériel.
Comment le pape a-t-il vécu certains événements dans la vie de l’Église ? Après quatre années d’« état de grâce », Benoît XVI a dû affronter des affaires pénibles. La première d’entre elles, c’est la concomitance de la levée de l’excommunication des évêques lefebvristes et la divulgation des propos négationnistes de l’un d’entre eux. Une fois de plus, il dissocie les questions. L’excommunication ne sanctionnait pas une attitude à l’égard de Vatican II, mais l’ordination d’évêques sans mandat pontifical. La levée de cette peine prend simplement acte de la reconnaissance de la primauté du pape, exprimée dans une lettre par les auteurs du délit. Benoît XVI reconnaît cependant que le « travail d’information » auprès de la presse « n’a pas été à la hauteur ». Quant au « cas Williamson », il déclare que, si sa position négationniste avait été portée à sa connaissance, il n’aurait pas levé son excommunication.
La promulgation du motu proprio Summorum Pontificum, de soi distincte de la question lefebvriste, a été voulue surtout « pour préserver la cohésion interne de l’histoire de l’Église », pour la « réconciliation interne avec notre propre passé » : on ne peut réputer aujourd’hui erroné ce qui était hier tenu pour saint et qui n’est d’ailleurs pas intangible : la nouvelle oraison pour les Juifs, le vendredi saint, introduite dans la forme extraordinaire, en est la preuve. Le propos de Benoît XVI est cependant plus ample que de rendre plus facile l’accès à la forme extraordinaire, il est de retrouver le véritable esprit de la liturgie, quelque chose de donné et non un produit de la créativité.
Sur la question des Juifs, précisément, on a fait à Benoît XVI le grief d’avoir publié le décret reconnaissant les vertus héroïques de Pie XII. Il tient que si Pie XII avait émis une protestation publique contre le régime nazi, l’extraterritorialité dont jouissaient les couvents et les monastères qui abritaient des milliers de juifs aurait été mise en cause. Ces milliers de Juifs auraient alors été déportés. Pie XII a souffert de ne pouvoir parler plus clairement : « il a été l’un des plus grands Justes et il a sauvé plus de juifs que quiconque ».
Une autre affaire grave a été particulièrement pénible : la divulgation des crimes de pédophilie perpétrés par des prêtres. Benoît XVI en parle en ces termes : « On aurait presque dit un cratère de volcan d’où surgissait soudain un énorme nuage de poussière qui assombrissait et salissait tout, si bien que la prêtrise apparut comme un lieu de honte et que chaque prêtre fut soupçonné d’être l’un de ceux-là. » Il reconnaît les défaillances de l’institution ecclésiale qui se sont produites dans un contexte où la punition était jugée obsolète et où une théologie morale relativiste niait la malice intrinsèque de certains actes.
En même temps, il est clair – notamment si l’on considère la proportion des prêtres impliqués dans des agressions sexuelles (0,1 %) par rapport à celle des personnes émanant d’autres sphères – que la publicité faite