Le 29 novembre dernier, un référendum d’initiative populaire demandait aux Suisses d’interdire ou non l’érection de nouveaux minarets. 57,5 % ont voté pour cette interdiction, semant l’émoi dans une bonne partie de l’Europe, dont les élites n’ont pas compris qu’il s’agissait d’un problème politique et non pas religieux. Explications.
Après la surprise de ce résultat – les sondages annonçaient la victoire du « non » –, avouons qu’il était assez réjouissant de voir tous nos « professionnels » de la démocratie hurler à la honte, le bon peuple s’étant égaré selon eux dans un vote « populiste ». Plus sérieusement, d’autres craignaient – dont les évêques suisses – que ce rejet relève d’un laïcisme qui pourrait viser à terme le religieux en tant que tel. Dans le cas qui nous occupe, le danger est faible, car il est bien évident que ce vote manifeste avant tout la peur face à l’expansion rapide de l’islam en Europe via l’immigration.
Une fois de plus, ce référendum met en lumière le fossé inquiétant, qui ne cesse de s’élargir, entre la classe politico-médiatique qui nous gouverne et le peuple. La façon dont s’opère la construction européenne l’avait déjà largement démontré – lorsque l’on passa outre la volonté populaire clairement manifestée par référendum en France, aux Pays-Bas ou en Irlande. La « votation » suisse le confirme s’il en était besoin. De même que les peuples européens ne veulent pas de l’Europe bureaucratique et antinationale que l’on nous impose, de même craignent-ils que le développement de l’islam devienne un danger pour notre identité et nos modes de vie. Sauf à s’aveugler devant la réalité, ce danger existe pour au moins deux raisons évidentes :
– L’Europe est d’une culture profondément chrétienne et il est légitime de vouloir sauvegarder ce qui est le cœur de notre identité ; sans hostilité à l’égard des personnes, il est normal que l’on n’ait pas envie que notre continent devienne majoritairement musulman – de même que nous ne voudrions pas qu’il devienne bouddhiste ou animiste.
– Nous souhaitons d’autant moins voir l’islam trop s’étendre, que, dès que les musulmans sont majoritaires, ils finissent toujours par imposer leur système politico-religieux qui est fondamentalement intolérant, les non-musulmans étant toujours des sous-citoyens en terre d’islam.
Mais, a-t-on entendu à l’envi, l’interdiction des minarets n’est-elle pas contraire à la liberté religieuse ? Ce pourrait être le cas si l’on interdisait des mosquées ! Or, les musulmans en Europe n’ont globalement pas de problème pour bénéficier de lieux de culte. Le minaret n’est en rien nécessaire à la pratique de l’islam et son interdiction en Europe peut certes être contestée, mais non présentée comme une atteinte intolérable aux droits de l’homme et à la liberté religieuse. Ceux qui s’en offusquent sont au demeurant bien discrets sur les droits fondamentaux bafoués des chrétiens ou des juifs en terre d’islam. De même, les musulmans qui crient au scandale ne manquent pas de toupet quand on sait qu’il n’existe pas un seul pays musulman au monde où la liberté religieuse est totalement respectée comme en Occident ! Qu’ils emploient plutôt leur énergie pour faire évoluer la situation des pays musulmans en leur faisant adopter les droits de l’homme et la liberté religieuse.
Il est vrai que nous n’avons pas à accorder une liberté légitime en elle-même à une minorité étrangère en fonction de la réciprocité que l’on est en droit d’attendre des pays concernés. Si un droit est juste, un État s’honore à le reconnaître, même si l’autre partie n’en fait pas autant. Et du point de vue de l’Évangile, il est juste que les chrétiens montrent l’exemple, ceci n’est pas en cause ici.
Car, encore une fois, il ne s’agit pas d’une atteinte à la liberté religieuse – qui demeure en Suisse comme auparavant – puisqu’il ne s’agit pas d’un problème religieux, les musulmans n’étant pas empêchés dans