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Mise au point de Rome

Chronique Vie

Source :La Nef n°207 de septembre 2009
L’affaire de Recife, au Brésil, a relancé la revendication d’un droit universel à l’avortement dit thérapeutique. À la demande de Benoît XVI, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié
le 10 juillet un fort bienvenu « éclaircissement sur l’avortement provoqué ».


C’est une tribune parue dans l’Osservatore romano du 15 mars dernier signée par Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie, qui avait mis le feu aux poudres, déclenchant une vive controverse au sein des organismes catholiques, ecclésiaux ou laïcs, qui se vouent à la protection de la vie de l’enfant à naître. L’avortement médical serait-il légitime dans certaines situations exceptionnelles ? Le texte en question fut en effet interprété et manipulé par plusieurs commentateurs mal intentionnés comme une justification morale du double avortement qu’avait subi à Recife une fillette brésilienne enceinte à l’âge de 9 ans. La confusion était d’autant plus grande que la grossesse gémellaire, issue des viols répétés du compagnon de sa mère, était susceptible, nous disait-on, de mettre sa vie en danger. La poursuite d’une fin éminemment bonne – préserver la vie d’une fillette blessée dans son innocence – ne justifiait-elle pas ici l’avortement des deux jumeaux en blanchissant les médecins qui l’avaient exécuté ? L’affaire était suffisamment grave pour que Benoît XVI en personne demande début juin au cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), de confirmer la doctrine de l’Église en la matière (1).

En effet, afin de jeter le trouble chez les catholiques, les mouvements pro-avortement à travers le monde s’étaient appropriés certains passages de l’article de Mgr Fisichella en les tordant de manière à pervertir ce qu’il est convenu d’appeler la théorie du double effet. L’argumentation classique de ce raisonnement, dont l’exposé se trouve dans la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, stipule qu’on peut légitimer un acte qui présente deux effets, dont l’un direct et voulu, est bon et l’autre, indirect et mauvais, est seulement prévu mais non voulu pour lui-même. Ceux qui ont applaudi la décision des médecins brésiliens font ainsi valoir que ces derniers désiraient avant tout sauver la fillette – effet bon voulu – en recourant à l’avortement – effet secondaire malicieux qui ne serait qu’un dégât collatéral inévitable. Aussi séduisante soit-elle au premier abord, cette justification bafoue habilement les conditions de validité de la théorie du double effet. En l’occurrence, Thomas d’Aquin avait pris soin de préciser que l’effet indirect mauvais ne doit pas être utilisé comme moyen d’obtenir l’effet bon et qu’il ne doit pas être intrinsèquement immoral. Or, « l’avortement direct, voulu comme fin ou moyen, constitue toujours un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d’un être humain innocent », rappelle la CDF en citant Jean-Paul II qui avait confirmé magistralement cette doctrine avec son autorité de pasteur suprême de l’Église dans le n. 62 d’Evangelium vitae. Et ce au double titre de la Tradition ecclésiale et de la loi naturelle. Dans la note publiée, le cardinal Levada rétablit avec brio le cadre authentique d’interprétation de l’argument du double effet : « si par exemple pour sauver la vie de la future mère, il faut accomplir d’urgence un acte chirurgical ou une autre application thérapeutique ayant comme conséquence accessoire, en aucune façon voulue mais inévitable, la mort du fœtus, […] l’opération peut être considérée comme licite » (2). Ainsi, même si cela entraîne indirectement la mort de l’enfant à naître, il est légitime de retirer une tumeur utérine qui menacerait la vie de la mère. Enfin, l’interdit de l’avortement est un principe d’action dynamique qui oblige à rechercher en vérité tous les moyens positifs adéquats pour le respecter. Des professionnels de la gestation avaient ainsi envisagé d’assurer un suivi 
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