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Motu proprio : réflexions pour un débat

Source : La Nef n°218 de septembre 2010
Le motu proprio Summorum Pontificum est entré en vigueur il y a trois ans. Plutôt qu’un bilan, nous proposons une réflexion sur sa réception difficile dans l’Église de France.

Le 14 septembre marque le troisième anniversaire de l’entrée en vigueur du motu proprio Summorum Pontificum. Benoît XVI a souhaité qu’un bilan soit tiré après cette période et, les évêques ayant dû adresser leur propre bilan à Rome, peut-être le pape en dégagera-t-il des conclusions dans un prochain document officiel ; on évoque depuis longtemps aussi un texte interprétatif de la Commission Ecclesia Dei qui pourrait être publié à l’automne. Rien n’étant encore venu de Rome, est-il opportun d’aborder un sujet aussi sensible, où il est bien difficile de susciter l’unanimité ? Je pense qu’il est non seulement possible mais même souhaitable de le faire. Pourquoi ?

Parce que – il faut le dire très clairement –, règne sur ces sujets une exemplaire « langue de buis », qui finit par occulter l’appréhension de la réalité : il faut donc avoir le courage d’appeler un chat un chat, et d’essayer de voir les choses telles qu’elles sont, non dans un but polémique mais dans un esprit de service, service de la vérité qui est inséparable du service de l’Église. Ce faisant, j’ai conscience de pénétrer sur un terrain miné et de m’y engager avec mes propres analyses, dont je ne prétends nullement qu’elles soient celles de Rome, même si mon dessein est d’être aussi fidèle que possible à la lettre et à l’esprit des papes Jean-Paul II et Benoît XVI sur ces questions ; je conçois cependant fort bien que l’on puisse contester mes positions et j’invite instamment mes lecteurs à l’indulgence et, surtout, à comprendre que nous réfléchissons sur des thèmes où des analyses différentes sont possibles ; c’est bien la raison pour laquelle un débat serein est nécessaire : mais un débat ne porte des fruits que s’il se déroule dans le respect des opinions et, entre chrétiens, dans la charité (1).

Quel bilan tirer de ces trois premières années d’application du motu proprio Summorum Pontificum ? Notre objet ici n’est pas de présenter des chiffres sur l’évolution du nombre de messes célébrées dans la forme extraordinaire, mais plutôt de nous interroger sur les raisons de ce qui nous semble être une « non-réception » de ce document pontifical. Je ne nie pas les fruits positifs de ce motu proprio, et notamment le fait qu’il donne un statut officiel à la forme extraordinaire dans l’Église, et qu’il a permis à nombre de jeunes prêtres de découvrir celle-ci. Pourquoi alors une « non-réception » ?

D’un côté, force est de constater que les évêques persistent globalement à se méfier d’une mouvance traditionnelle qu’ils ne parviennent pas à considérer comme une chance pour l’Église, mais plutôt comme un boulet à gérer, un phénomène à encadrer pour, surtout, l’empêcher de se développer – alors même que l’on trouve, en proportion, plus de vocations là qu’ailleurs… en nos temps de disette, cela devrait quand même faire réfléchir ! Le trait le plus frappant est le refus très net du motu proprio sur son point central le plus original : laisser la liberté aux curés de paroisse de juger de l’opportunité de répondre aux demandes d’une messe dans la forme extraordinaire par un groupe de fidèles. Je crois que l’on peut dire que ce point-là, sauf quelques rares exceptions, n’a été appliqué dans aucun diocèse de France – cela ne signifie pas que des évêques n’aient pas, par ailleurs, répondu généreusement à la demande de leurs ouailles.

Un raidissement

Du côté de la mouvance traditionnelle, il est difficile d’évoquer une réaction uniforme, car elle est éclatée en sensibilités diverses aux analyses substantiellement divergentes sur ce sujet – sans doute cela touche-t-il davantage les prêtres que les fidèles, qui sont bien obligés, par la force des choses et de longue date, de passer pour la plupart 
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