Le 14 mars a marqué une nouvelle page ensanglantée de l’éprouvante histoire du Tibet, le gouvernement de Pékin ayant envoyé l’armée contre les manifestants de Lhassa. L’Occident aurait un moyen de pression efficace en
menaçant la Chine de boycott des Jeux olympiques.
Les rares images télévisées montrent une vue panoramique de Lhassa en proie aux flammes. Éclairé par la lueur des incendies, le cœur de la capitale est envahi par une foule de Tibétains qui saccagent les magasins. Aidés par des bonzes solidement charpentés, des jeunes gens aux cheveux longs, tenant des baïonnettes, des pierres et des chaînes, lynchent les quelques passants chinois. L’atmosphère est chargée, l’excitation déborde dans une frénésie incroyable, on monte des barricades et l’émeute prend son élan. Elle s’étend dans tout le Tibet jusqu’aux provinces périphériques du Qinghai, du Gansu et du Sichuan. À Xiahe et à Aba, aux côtés de cavaliers en manteaux de pelisse, les moines sortent de leurs toges pourpres des gigantesques portraits du dalaï-lama. Le rythme s’anime et c’est alors une hystérie folle, accompagnée de cris de joie : sur le mât des bâtiments administratifs les insurgés hissent les couleurs du Tibet.
Le bruit odieux des kalachnikovs ne tarde pas à se faire entendre, et en moins d’une journée les manifestations sont sévèrement réprimées. Il serait question de plus d’une centaine de morts du côté des Tibétains.
À cinq mois de la grand-messe qui sera célébrée lors de l’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, il faut dénoncer la lâcheté internationale et la compromission du monde vis-à-vis de la République Populaire de Chine. À nouveau, nous assistons à l’hypocrisie et au silence de l’Occident qui n’ose dénoncer les horreurs commises par cette dictature pharaonique ; monstre hybride alliant superbement les crocs féroces de l’ultralibéralisme aux griffes criminelles du pouvoir communiste.
Depuis plusieurs siècles, les Chinois taquinent le Tibet. Leurs relations sont marquées par de rares ententes, de longues somnolences, mais surtout par des disputes sanglantes. Le 7 novembre 1950, année du tigre, les troupes communistes envahissent le Tibet ; mais c’est neuf années plus tard que le fauve pékinois se met vraiment à rugir. À coup de mitrailleuses, de luttes des classes, et de propagande marxiste-maoïste, il essaye de balayer, une bonne fois pour toutes, cet intolérable pouvoir théocratique lamaïque. L’année 1959 est marquée par le soulèvement de Lhassa et la fuite en exil du dalaï-lama. Durant cette crise, des milliers de Tibétains choisirent la longue route vers l’Inde. Les autres subirent une violence vengeresse d’une rare intensité. Des obus de mortiers rasèrent la plupart des monastères, aussi rouges que la robe des lamas, et dans un bain de sang on tua par millions un peuple qui ignorait les guerres mondiales. Pour commémorer le 49e anniversaire du soulèvement de 1959, le baroud d’honneur des habitants de Lhassa évoque irrésistiblement l’insurrection désespérée de Budapest face aux blindés soviétiques.
Les maîtres de la propagande communiste travestissent les victimes en bourreaux et inversement. Aux informations nationales on ne parle que d’une dizaine de morts, tous sont chinois. Des innocents ? Sûrement ! À cause de l’augmentation de la misère et poussés par le gouvernement chinois, ces colons Han ont dû quitter la terre de leurs ancêtres, et avec leur baluchon ils ont pris le fameux train pour Lhassa. Une cigarette sur le bord des lèvres, malgré eux, ces braves prolétaires viennent coloniser le Pays des neiges. Pour les bourreaux du Parti, ces morts sont une bonne aubaine. Immédiatement, comme un nuage de sauterelles, l’Armée Populaire de Libération se répand sur tout le Toit du monde, venant à la rescousse de ses enfants. Trois jours après le soulèvement, on compte plus de vingt mille paramilitaires dans la capitale, les chars bloquent les rues. Entre les barrages, les étrangers sont