En ce mois d’octobre, la vie politique française a été agitée par les deux « affaires » Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy. Je ne vais pas revenir ici en détail sur ces scandales sur lesquels tout a déjà été dit, le meilleur comme le pire. Ce qui m’intéresse, en l’occurrence, c’est la désinvolture du pouvoir politique, encouragée par une invraisemblable complicité médiatique, au point que ce pouvoir se croit tout permis en toute impunité. Car enfin, sans chercher à accabler ce bien triste ministre, il ne faut pas oublier que c’est lui-même qui a mis sur la place publique des confessions abjectes qui, dans un pays normalement constitué, auraient dû entraîner dès leur publication des poursuites judiciaires ou, du moins, une réprobation unanime, au lieu de quoi la critique parisienne y a vu un livre de haute littérature, ce qui en dit long au passage sur le degré de pourriture de cette intelligentsia qui ne se reconnaît aucune borne, et surtout pas morale.
Dans tout pays civilisé, un tel ministre aurait immédiatement démissionné après un tel scandale. Mais les propos controversés n’ont pas gêné le moins du monde notre président qui a défendu son ministre : « Je dois défendre certaines valeurs, a-t-il dit. Je ne laisserai donc personne assimiler homosexualité et pédophilie » (1). Je ne sais quelles sont exactement les « valeurs » de M. Sarkozy, la chose est pour le moins assez peu claire, car il a l’art d’adapter ses discours au public choisi qu’il sait admirablement caresser dans le sens du poil. Sous l’influence d’Henri Guaino, il est capable de lire des textes qui sentent bon le terroir et l’enracinement, qui défendent une vision plutôt « traditionnelle » de la France et de son histoire. La première année de son mandat était sous influence libérale, la seconde, avec la crise financière, revient à des conceptions plus dirigistes. Il adresse aux catholiques des messages fort sympathiques – voir les discours du Latran en 2007 et de l’Élysée l’an dernier devant Benoît XVI – qui rompent avec une laïcité sectaire, mais il fera un discours tout aussi laudatif aux musulmans, aux francs-maçons ou aux « communautés gays » !
Où est la ligne politique directrice dans tout cela ? Ce n’est plus du pragmatisme, c’est le grand écart. Et c’est bien là qu’est le problème. M. Sarkozy a beau nous faire le coup indigné des « valeurs », le problème est que nos dirigeants politiques n’en ont plus aucune, pas plus qu’ils n’ont de convictions profondes. Et cela est vrai aussi bien à droite qu’à gauche : qu’est-ce qui différencie fondamentalement une présidence UMP d’une présidence socialiste ? Aucun des deux partis ne remet en cause l’actuelle construction européenne, ubuesque et parfaitement anti-démocratique, on a pu le vérifier encore avec cette pauvre Irlande que l’on a fait revoter jusqu’à ce qu’elle fasse ce qu’on lui demandait ; aucun ne conteste vraiment le système libéral mondialisé qui donne la prééminence à l’argent sur l’homme ; et chacun rivalise de démagogie dans une course effrénée à la « libération » des mœurs et au refus de poser des barrières claires et objectives protégeant l’homme face aux effroyables possibilités techniques de la toute puissance Science ; bref, aucun ne voit que le bien commun exige de poser la défense de la famille en priorité des priorités de toute politique intérieure, seule capable aussi de relancer notre démographie et, par là même, notre vieux pays. Mais la notion de bien commun n’appartient plus au vocabulaire politique de nos chefs de partis. Ils sont comme l’immense majorité de nos contemporains victimes des philosophies dominantes relativistes : ils sont ainsi totalement désarmés pour appréhender ce qu’est l’homme. Il y avait jadis au moins un consensus sur l’existence d’une nature humaine et d’une loi naturelle et cela seul limitait déjà le pouvoir de l’homme sur l’homme. Aujourd’hui, la « rupture anthropologique » est consommée et l’homme s’est