Nicolas Sarkozy aura à l’Assemblée une large majorité pour gouverner – certes moins écrasante que celle annoncée par les sondages dès le soir du premier tour, mais suffisamment confortable tout de même pour permettre au nouveau président de mener la politique de son choix. Ce rééquilibrage risque d’ailleurs de faire passer au second plan la nécessité d’une dose minimum de proportionnelle pour rendre la Chambre plus représentative du vote des Français.
Si l’euphorie en faveur de Nicolas Sarkozy a été quelque peu refroidie par le sursaut de la gauche au second tour des législatives, la question demeure de savoir si son élection à la magistrature suprême marque une « rupture » avec les politiques précédentes comme il ne cesse de l’affirmer.
Certains arguments militent en faveur d’une telle rupture. Après Giscard et Chirac qui avaient honte de se dire de « droite » et dont les discours n’évoquaient jamais la patrie charnelle – le patriotisme lui-même était honni autant à droite qu’à gauche –, Nicolas Sarkozy est apparu comme le représentant d’une droite à nouveau fière d’elle-même et ses discours (œuvres du très inspiré Henri Guaino) ont souvent fleuré bon le terroir et la vieille France.
L’autre aspect le plus perceptible du changement est le rajeunissement de l’équipe dirigeante – une autre génération prend le pouvoir – qui cherche à donner d’elle-même une image de « managers » modernes et efficaces, ayant avec l’argent un rapport nouveau inspiré de celui qui sévit aux États-Unis, un peu comme si l’idéal du nouvel homme politique était calqué sur celui des super PDG milliardaires les plus médiatiques : le message est clair, les ministres auront des comptes à rendre en termes d’efficience et devront démissionner si des objectifs ne sont pas atteints (le premier à en avoir fait les frais a été Alain Juppé, non élu en Gironde).
Mais cette « rupture » est-elle vraiment réelle ou simple illusion d’un homme habile à duper son monde ? J’aimerais beaucoup me tromper, mais je crains fort que la désillusion ne soit pas longue à être au rendez-vous. La campagne présidentielle l’a montré, la France a basculé dans la politique-spectacle, ce qui explique sans doute l’incohérence des votes qui se succèdent, d’un rejet massif de l’Europe technocratique en mai 2005 à un vote général deux ans plus tard en faveur de candidats favorables à cette Europe-là. Après le référendum et l’impasse dans laquelle se trouve l’Europe, celle-ci aurait dû être un thème central de la campagne. La construction européenne n’est-elle pas l’une des questions les plus importantes pour notre avenir en tant que nation libre et indépendante ? Eh ! bien non, hormis Villiers et Le Pen, aucun candidat n’a développé ce thème. Et en grand démocrate soucieux de l’avis des Français, Nicolas Sarkozy a réussi à faire passer un mini-traité européen, certes moins ambitieux que la Constitution Giscard, mais qui en reprend tous les abandons de souveraineté.
Voilà au moins un sujet essentiel sur lequel il n’y a point de « rupture », mais continuité parfaite entre MM. Giscard, Mitterrand, Chirac et Sarkozy. Et ce point à lui seul rend quelque peu dérisoire l’évocation même de « rupture » quand le gouvernement français voit une part importante de sa politique dictée par Bruxelles. Après cette dure réalité qui, concrètement, conduit à l’effacement de la France et des nations européennes au profit d’une entité européenne technocratique irresponsable et toujours plus monstrueuse, que reste-t-il des beaux discours sur la France et son terroir, et de l’image de jeunes cadres politiques dynamiques mais ayant une marge de manœuvre politique limitée par Bruxelles ?
Ajoutons que cette jeune génération de gouvernants n’a, pas plus que ses aînés, la notion du sens profond de la politique en termes de Bien commun. Sinon, remettre à l’honneur la famille stable, seul remède à l’effondrement démographique et moral, serait la priorité