Le 8 décembre, jour de l’Immaculée Conception, Benoît XVI a publié son Message traditionnel pour la Journée de la Paix, c’est-à-dire pour le 1er janvier, autre fête de Marie, Mère de Dieu. À parcourir rapidement son message, on aura l’impression qu’il n’y a ici rien de neuf, seulement du chrétien classique, fondé sur les Béatitudes et dont, dira le contemporain désabusé, les belles paroles n’ont jamais rien changé, apporté au monde ni amour, ni justice, ni paix. Voire.
D’une part, nil novi en effet. Car rien de plus neuf que ce vin qui depuis deux mille ans reste toujours vivant, attendant de remplir ces vieilles outres que nous nous entêtons à demeurer. Comme disait mon curé dimanche dernier, le péché est toujours le même, seule la grâce est toujours nouvelle. Et nous, petits humains chus mais rachetés, sauvés mais faibles, oscillant entre les deux, l’ancien et le nouveau, le vieux et le neuf, l’hier et le demain, c’est-à-dire dans cet étrange aujourd’hui.
Que dit donc Benoît XVI qui étant universel soit neuf aussi ? Il actualise simplement la vision temporelle de l’Église et parlant en raison, il rappelle que ce qui la fonde ultimement, c’est la transcendance divine. Et chacun d’en prendre pour son grade. D’abord la postmodernité, dont il dénonce « les anthropologies et les éthiques fondées sur des présupposés théorico-pratiques surtout subjectifs et pragmatiques », qu’il invite à sortir de la culture de l’efficience, du profit et de la technique. Et c’est ici que ça se complique, parce que chez les chrétiens qui tendront l’oreille à ses paroles, grande sera la tentation de désigner la paille dans l’œil de l’autre. Le monde occidental peine en effet à sortir de la triste partition qui limite singulièrement l’expression de sa pensée morale et politique depuis deux siècles, cette partition étant celle de la droite et de la gauche.
Ainsi, certains pourront lire dans le texte du pape la condamnation du libéralisme économique, et avec raison, comme ici quand il met en garde contre « la prévalence d’une mentalité égoïste et individualiste qui s’exprime également au travers d’un capitalisme financier sans régulation ». Et là encore : « De plus en plus de secteurs de l’opinion publique sont touchés par les idéologies du libéralisme radical et de la technocratie qui leur instillent la conviction selon laquelle la croissance économique est à obtenir aussi au prix de l’érosion de la fonction sociale de l’État et des réseaux de solidarité de la société civile, ainsi que des droits et des devoirs sociaux. » Personne ne pourra faire décidément que le pape n’ait pas écrit ceci, et qu’il faille comme disent certains « libéraux-conservateurs » démanteler sans réfléchir le fameux État-Providence, dont nul ne veut non plus se souvenir que l’expression autant que la forme ont été inventées par un autre pape, Léon XIII.
D’autres encore liront comme une revanche sur leurs adversaires les très fortes condamnations de l’avortement, du nouveau mariage et de l’euthanasie que Benoît XVI réitère tout au long de son texte, et dont il serait fastidieux ici de citer toutes les occurrences.
Il est à noter encore que le pape règle une bonne fois pour toutes la vieille question qui agite des catholiques à propos de la personne et du bien commun quand il évoque « des relations interpersonnelles et des institutions soutenues et animées par un “nous” communautaire, impliquant un ordre moral, interne et externe, où sont sincèrement reconnus, selon la vérité et la justice, les droits réciproques et les devoirs correspondants ». Il est temps d’en finir avec un débat scolastique consistant à savoir qui de la personne ou du bien commun prévaut comme but final, quand les deux fins s’appellent l’une l’autre. Benoît XVI précise encore que l’ordre social « se réalise dans la liberté, c’est-à-dire de la façon qui convient à la dignité des personnes qui, par leur nature raisonnable elle-même, assument la