Après Ankara le 7 avril, le président Obama a tenu au Caire, le 4 juin, un important discours exprimant la position des États-Unis par rapport à l’islam. On y lit une vision très irénique, démagogique même, de l’islam, mais aussi une fermeté nouvelle par rapport à Israël.
George W. Bush est parti avec l’indice de satisfaction le plus bas de tous les présidents américains depuis la création des sondages. Il a réussi à dépasser dans l’impopularité le pauvre Truman, fort malmené en son temps, mais sur lequel les historiens posent aujourd’hui un regard plus modéré. Il est loin d’être sûr que Bush Jr. bénéficie, même à long terme, d’une telle réévaluation. Son bilan global est calamiteux, il a abaissé le prestige des États-Unis et laissé un désordre encore accru dans un Moyen-Orient qui n’en avait nul besoin.
Heureusement, voici Barack Obama et, d’un seul coup, tout s’éclaire. Un président noir (métis, en fait) est élu et aussitôt les médias proclament en chœur que le rêve américain est de retour. Lui-même s’emploie à démontrer qu’une ère nouvelle s’est ouverte et il multiplie les initiatives sur tous les fronts, y compris en politique étrangère.
La rupture est d’abord dans le style. À l’arrogance et à l’unilatéralisme unanimement dénoncés de la précédente équipe, la nouvelle administration veut substituer une image d’ouverture et de dialogue. Le président Obama veut être à l’écoute de ses alliés et promouvoir une image de l’Amérique réconciliée avec le monde. Particulièrement avec le monde musulman, comme en témoigne sa récente tournée dans la région, dominée par son grand discours du 4 juin 2009 à l’Université du Caire, intitulé « Un nouveau départ ». Ce discours a suscité une attention extrême même si, comme l’a perfidement relevé le New York Times, « il n’a pas fourni beaucoup de détails sur les moyens de résoudre les multiples problèmes et conflits à la surface du globe ». Ce discours, auquel on peut joindre celui qu’il avait prononcé précédemment à Ankara devant le Parlement turc, le 7 avril 2009, permet d’avoir une bonne idée de la philosophie de l’action du nouveau président. S’il y a rupture dans le ton, il y a plutôt continuité dans le fond, avec la volonté de refermer une parenthèse malheureuse.
L’islam magnifié
En fait, les deux discours semblent vouloir démontrer avec insistance la pertinence de la thèse bien connue du général Gallois sur l’alliance objective entre les États-Unis et l’islam au détriment de l’Europe (1). Obama commence par multiplier les coups de chapeau à la grandeur et à la tolérance de l’islam : « Je sais la dette que la civilisation doit à l’islam. C’est l’islam qui a brandi le flambeau du savoir pendant de nombreux siècles et ouvert la voie à la Renaissance et au siècle des lumières en Europe ». Suit l’énumération de toutes les inventions que nous devons à l’islam, une envolée sur « la majesté des arcs et l’élan des flèches de pierre vers le ciel, l’immortalité de la poésie et l’inspiration de la musique, l’élégance de la calligraphie »… Et, pour finir, « tout au long de l’histoire, l’islam a donné la preuve en mots et en actes des possibilités de la tolérance religieuse et de l’égalité raciale ». Il est difficile d’aller plus loin dans l’écriture à sens unique de l’histoire : l’apport de Byzance est complètement effacé, la préservation d’une partie du savoir antique par le Moyen Âge occidental aussi ; on pourrait offrir à Barack Obama les œuvres de Jacques Heers ou de Sylvain Gouguenheim. Quant à la tolérance tant vantée de l’islam, le moins que l’on puisse dire est qu’elle a connu de sérieuses éclipses, que les croisades ont été une réponse à un djihad qui n’était pas spécialement pacifique, que le statut de dhimmi dans les pays musulmans n’a rien de spécialement enviable et n’est guère conciliable avec les valeurs de liberté et d’égalité qui fondent l’Amérique.
Tout cela n’arrête pas Barack Obama qui n’hésite pas à s’engager