Avec 52,6 % des voix contre 46,1 % à John McCain, Barack Obama est devenu le 44e président des États-Unis lors d’un scrutin à la participation historique (plus de 70 %). Sa victoire est encore plus large en nombre de grands électeurs (364 contre 174) et par la majorité absolue qu’il a obtenue au Sénat et à la Chambre des Représentants.
Rarement une élection présidentielle américaine a autant mobilisé l’opinion mondiale. Rarement aussi, celle-ci a pris à ce point fait et cause pour l’un des candidats, au point de perdre toute mesure. En effet, la ferveur soulevée par Barack Obama a pris une dimension passionnelle comme si son élection allait changer la face du monde. Certes, le personnage a un charisme certain et, surtout, l’élection d’un Noir – qu’importe qu’il soit métis – dans un pays démocratique où la ségrégation raciale avait cours il y a encore à peine quarante ans est un symbole d’une immense portée, on le comprend aisément – et de ce point de vue, on peut espérer que cette élection marque la fin définitive d’une discrimination qui a longtemps été le déshonneur d’une nation qui s’est toujours présentée comme une terre de liberté et d’égalité. La ferveur suscitée, cependant, risque d’être bien vite déçue, tant il y a loin entre le rêve fabriqué autour d’Obama et la réalité.
Et puis il ne faut pas oublier que la popularité d’Obama est à la mesure du rejet de George W. Bush qui aura été, sur le plan extérieur, l’un des plus calamiteux présidents des États-Unis, devenant ainsi l’un des hommes les plus détestés de la planète ! Ne soyons pas injustes, cependant, tout n’est pas négatif dans les huit années de présidence Bush, il a même un bilan très positif en matière de défense de la vie (voir la chronique de Pierre-Olivier Arduin, p. 17). Même si Bush est loin d’avoir stoppé l’avortement (dont la loi, qui autorise l’avortement pendant les neuf mois de grossesse, est bien moins restrictive qu’en France, ne l’oublions pas), une telle politique a été unique dans les grandes démocraties occidentales où ne cesse de progresser la « culture de mort ». Sous la présidence Bush, les États-Unis ont été les premiers à amorcer un retournement – encore faible car si l’on note une baisse de 33 % du nombre d’avortements par rapport au pic de 1980, il s’en pratique encore plus d’un million par an (soit une proportion voisine de celle de la France) – avec une opinion qui redevient peu à peu majoritairement opposée à l’avortement. L’action très structurée et dynamique des Églises sur le terrain (catholiques et évangélistes) explique en grande partie ce retournement.
Bilan social et extérieur
Le bilan, en revanche, devient très critiquable quand on passe à la politique sociale. Fidèle à l’esprit très libéral des Républicains, la protection sociale et le soutien des plus pauvres n’ont jamais été une priorité du gouvernement : la croissance devait y pourvoir, mais celle-ci n’a profité qu’aux plus riches, les classes moyennes stagnant, entraînant ainsi la crise financière de l’automne 2008, dont le gouvernement Bush a mis bien du temps à prendre la mesure.
Mais c’est pour sa politique extérieure que Bush est le plus blâmable. Celle-ci a pris sa physionomie après les attentats du 11 septembre 2001 qui l’ont poussé à agir en gendarme du monde. Après un tel drame, la guerre qu’il lance alors contre le terrorisme est en soi parfaitement légitime, mais son fameux discours contre « l’axe du mal », approximatif, montrant notamment une méconnaissance de l’univers musulman et, plus encore, la réalisation concrète de cette « guerre » ont été maladroits et les choix arbitraires, et finalement catastrophiques. En Afghanistan, les troupes américaines, avec la bénédiction de l’ONU, ont renversé le régime des talibans en quelques semaines, mais, sept ans plus tard, ceux-ci sont toujours présents et menaçants, et la coalition ne parvient pas à en venir à bout. C’est qu’entre-temps, les Américains ont fait