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Otan : effets collatéraux

Paul-Marie Coûteaux

Source :La Nef n°204 de mai 2009
Au Parlement comme dans les médias, le débat sur le retour de la France dans la structure intégrée de l'OTAN fut si vite expédié, Obamania aidant, que plusieurs aspects en ont été passés sous silence. Si l’on a mis l’accent sur la dimension symbolique, on a moins souvent insisté sur la réduction de nos marges de manœuvres opérationnelles : d’une part, cette participation a un coût (environ un demi-milliard d’euros sur 5 ans), d’autre part, de nombreux officiers français (plus de 800) seront détachés de nos armées au bénéfice des chaînes du commandement « atlantique »; pour finir, il est inévitable que certains de nos contingents, déjà déployés sur tous les continents à la limite de nos capacités, seront dégarnis en priorité sur les terrains extérieurs à l'OTAN, notamment en Afrique.

Déjà diminués par deux fois depuis deux ans, les garnisons françaises pourraient encore être allégées, au risque de les rendre inaptes à leur mission, la première étant la stabilité de pays toujours menacés par des guerres et coups d'Etat. Où prélever encore ? Abandonner Djibouti serait renoncer à une carte stratégique de première importance ; il en va de même du Tchad, si fragile, comme d'autres pays de l'Afrique occidentale ou équatoriale qui ont besoin de la France, tout autant que la France a besoin d'eux si elle veut rester une puissance mondiale. Notre lien très ancien avec l'Afrique serait ainsi, comme mécaniquement, la première victime du retour dans l'OTAN.

La fin de l'indépendance

Nul n’a songé à évaluer les conséquences sur nos industries de défense, certes difficiles à déterminer avec précision mais hautement prévisibles. Il est à peine besoin de rappeler que c'est dans le cadre de la politique d'indépendance menée par la Vème République, du moins à ses débuts, que furent conçus de grands programmes d’industries de défense. Aujourd’hui, la France est le seul pays européen capable de développer pratiquement toute la gamme des armements, nos partenaires contribuant de préférence à l’effort de recherche et de développement des matériels états-uniens (cf. le futur avion de combat ACF) : la France étant membre à part entière de l’Organisation euro-américaine, il lui sera fort difficile de ne pas faire de même au nom de la « compatibilité des matériels » ou de « l’inter-opérabilité », fut-ce au détriment de nos industries – et de notre effort de recherche qui lui est tant lié… Au reste, si chacun en Europe s'en remet aux autres et, in fine, à une puissance extérieure, c’est l'Europe entière qui sera tôt ou tard sans défense –face au grand "ensauvagement du monde" qu’annonce de toutes parts, hélas, le XXIème siècle. S’il est vrai que l'indépendance a un coût, tandis qu'il est difficile d'évaluer ses bénéfices, il est tout aussi vrai que la dépendance a un coup plus grand encore, alors qu’elle est de bien faible rapport.


Europe : tout ce qui est perdu par les nations sera gagné par l’Empire

Au fond, l’enfermement atlantique parait signer l'échec de ce que le général de Gaulle a voulu que soit le Vème République, et dans son esprit même. Double échec, d’ailleurs à l’échelle du monde (où, décevant une assez large demande du modèle français d’indépendance, nous perdons une de nos plus sures cartes diplomatiques), mais aussi à l’échelle de l’Europe. Par sa présence même lors des cérémonies de Strasbourg et Kehl, la Chancelière se posa en marraine du retour de Paris dans le giron de Washington : alors que de Gaulle tenta d’amener l’Allemagne sur la voie d’une Europe indépendante, c’est aujourd’hui l’Allemagne qui nous ramène à l’alliance américaine !

Sur l’aspect européen de l’affaire, il faut tenir pour une galéjade l’idée, sans cesse reprise par les dévots de « l’Europe » mais aussi les dévots de l’atlantisme (en fait, ce sont curieusement les mêmes…), comme, bien entendu par la « grande » presse, qui aime tant l’une et l’autre, que 
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