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Paroles d'un Prince

Entretien avec Jean d'Orléans

Jean d'Orléans


Source : La Nef n°210 de décembre 2009
La Nef – Vous plaidez pour la monarchie en mettant en avant les avantages qu’elle procure (continuité du pouvoir, politique à long terme…) : mais la moitié de l’Europe de l’Ouest a un roi ou une reine à sa tête et aucun de ces avantages n’y est perceptible. Pourquoi cela serait-il différent en France ?
Prince Jean – Plaider pour la monarchie, oui, je le fais, mais à ma manière. Je vais préciser en quoi. Sur les monarchies européennes, ce que j’ai envie de dire, c’est qu’aucun régime n’est parfait, mais que les monarchies apportent un élément de stabilité, de continuité qui, dans un monde qui n’arrête pas de bouger, ne peut qu’être rassurant pour tout un chacun. Sans monarchie, cette image de continuité n’est assurée que par « la République », une notion abstraite, sans visage défini. L’appel, dans les moments difficiles, aux « valeurs républicaines » garde un aspect abstrait, froid, voire glacial pour ceux qui souffrent de l’injustice ou de la misère. Alors que, chacun peut le constater, les familles royales régnantes, dans les pays où elles existent, ont une image très vivante et rassurante. Bien sûr, selon leur personnalité, les princes sont plus ou moins aptes à incarner les valeurs de liberté ou d’équité. Mais leur image, visible sur les pièces en euros par exemple, exprime une forme de résistance à l’anonymat du système dominant. Leur rôle politique effectif reste, c’est vrai, limité, mais ils peuvent exercer une influence importante. Le roi Juan Carlos, s’il n’a pu empêcher les évolutions regrettables de la société espagnole, garde un pouvoir d’influence réel, et, croyez-moi, ce pouvoir est positif.
En France, comment un régime monarchique pourrait-il fonctionner ? Pour qu’il puisse exercer une action effective, il faut d’abord qu’un consentement populaire de fait lui soit acquis, comme cela a toujours été le cas pour la monarchie française. D’autre part, la longévité de la Ve République repose, on le sait, sur la primauté du président. Comme si les Français, si prompts à se diviser et se quereller, ressentaient le besoin profond d’un pouvoir indépendant et arbitral. La tradition française n’est pas, à cet égard, celle de l’Espagne, de la Hollande ou des pays scandinaves. Le pouvoir capétien répondait à ce besoin d’une autorité indépendante des factions, des partis et des puissances financières. La Révolution a créé une rupture profonde, comme une longue amnésie. Aujourd’hui, le besoin de continuité politique peut conduire la France, réconciliée avec son passé, c’est-à-dire avec elle-même, à adopter une forme de monarchie tenant compte des aspirations profondes de notre peuple.
Ce n’est là pour moi qu’une hypothèse. Une hypothèse que je souhaite, sans doute, mais ceux qui me connaissent savent que je ne la souhaite pas pour moi-même, ni pour ma famille, mais tout simplement pour la France, parce que j’aime vraiment ce pays, et qu’avec les moyens qui sont les miens, je suis né pour le servir.

N’exagérez-vous pas l’importance de la question institutionnelle du régime ? En Europe, on ne voit aucune différence essentielle entre les monarchies constitutionnelles et les républiques. Les monarchies sont aussi « décadentes », sinon plus, que les républiques : toute l’Europe ne dérive-t-elle pas pour des raisons anthropologiques, philosophiques et spirituelles beaucoup plus que politiques, la question du régime n’est-elle donc pas secondaire aujourd’hui ?
Nous vivons tous dans le monde des hommes, comment pourrions-nous y échapper ? J’ai envie de dire que la réponse à votre question se trouve dans la question même. L’évolution de la société est largement indépendante de son régime politique. La crise de société que nous connaissons depuis plusieurs décennies concerne toute l’Europe. Les monarchies existantes, certes, n’ont pas trouvé toutes les solutions – et pas plus les républiques ! – même si, je le répète, les souverains régnants 
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