Comment ne pas être marqué par le malheur qui s’acharne sur Haïti après le terrible séisme qui a ravagé sa capitale le 12 janvier ? Déjà en 2004 et 2008, l’île avait subi des ouragans et des cyclones dévastateurs, faisant de nombreuses victimes, mais ce n’était rien au regard de ce nouveau désastre. Par les médias, la détresse de tout un peuple monte jusqu’à nous. Les liens historiques qui nous unissent à Haïti nous rendent cette détresse plus sensible encore. Pourquoi faut-il que ce soit les plus pauvres, les plus démunis qui subissent de telles épreuves ? Face à ce mystère de la Providence, la seule réponse ne peut être que celle de la foi et, aux dires des témoins, beaucoup de Haïtiens nous donnent là une belle leçon : la piété du peuple haïtien semble demeurer vive pour demander au Dieu de toute miséricorde aide et consolation.
La solidarité internationale a été rapide et importante : il est juste – l’inverse serait profondément choquant – que les nations riches soutiennent ainsi un pays parmi les plus pauvres du monde. Au moment où les secours se battaient admirablement pour sauver des vies humaines écrasées sous les décombres, des manifestants essayaient d’attirer l’attention à Paris, le 17 janvier, sur les centaines de milliers de vies sacrifiées chaque année tout à fait « légalement » dans l’indifférence générale. Le rapprochement vous choque ? Il montre simplement le rôle de l’information dans l’appréhension d’un événement. Assurément, la solidarité – à la fois matérielle, mais aussi spirituelle – avec les Haïtiens est un bienfait dû à la formidable caisse de résonance que sont les médias modernes qui ont transformé la planète en un petit village où tout se sait quasiment instantanément. Imagine-t-on la réaction de nos contemporains si, sur l’avortement, l’information, sans être certes aussi unanime que lorsqu’il s’agit d’aider les victimes d’une catastrophe naturelle, l’information, dis-je, était seulement honnête, équilibrée et impartiale ?
Si l’on avait le loisir d’expliquer aux Français la réalité de l’avortement et ses conséquences, nul doute qu’une large majorité basculerait dans l’opposition à ce que le concile Vatican II a qualifié de « crime abominable » (1). Car s’il est un sujet totalement tabou dans les médias, c’est bien la remise en cause de l’avortement, toujours qualifié pudiquement d’« IVG ». Même La Croix s’en offusque : dans sa chronique, Pierre-Yves Le Priol (2) dénonce « le caractère univoque d’un débat » d’une émission de France 5, « Les maternelles », dont le thème était « IVG, un droit menacé », titre à lui seul révélateur. Aucun opposant à l’avortement n’était invité à s’exprimer, bien sûr, et pas un mot pour ne serait-ce que rappeler qu’il ne s’agit pas d’un acte anodin, mais d’une décision d’une gravité extrême ! Bien au contraire, « se trouvait stigmatisée la “culpabilisation” dont notre société se rendrait coupable envers celles qui avortent ». Et quand l’une des femmes évoque son « bébé », on la corrige immédiatement : « Il ne s’agit pas de bébé, mais de fœtus ».
Il y a là un terrorisme intellectuel insupportable qui non seulement étouffe toute opposition et donc tout débat, mais travestit jusqu’au sens des mots – pratique qui est celle de tous les totalitarismes. Le dogme asséné est que l’avortement n’est pas un meurtre puisque le « fœtus » n’est pas un homme ! Affirmation nullement prouvée : s’il n’est pas un être humain, quand le devient-il ? À cette question, aucun partisan de l’avortement, fût-il le plus savant médecin, ne peut apporter de réponse certaine ! La science moderne nous indique au contraire que la vie humaine démarre dès la conception, car dès cet instant, ce qui fera du petit d’homme Pierre ou Paul est déjà en totalité dans l’embryon. Si la vie humaine ne commence pas à cet instant, aucun moyen objectif indiscutable ne permet de savoir quand elle commence (3). Dans le