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Petite histoire du libéralisme

Thibaud Collin

Source :La Nef n°194 de juin 2008
Le libéralisme est devenu depuis les années 1990 le système politico-économique
hégémonique. Mais qu’est-il réellement ?
Quel est l’enseignement de l’Église à son sujet ? Telles sont les principales questions auquel ce dossier cherche à répondre.


Réfléchir sur le libéralisme, c’est d’abord prendre conscience que ce mot est… un mot ! Et comme de nombreux autres mots, il est signe de plusieurs concepts qu’il s’agit donc d’expliciter en autant de définitions. Autrement dit, le mot libéralisme est analogue : il a plusieurs significations mais ayant des liens entre elles. De là, d’ailleurs, la possibilité de confusions voire d’amalgames de toute sorte. La difficulté se renforce dans la mesure où ce terme a pour « assiette » le monde humain, celui de la politique, de la pensée, de l’économie. Or dans ce champ, les mots ont le plus souvent une histoire car ils ont été l’objet d’usages, parfois polémiques. Rien de moins facile donc que d’en extraire des définitions objectives et véritables. Tentons du moins de relever le défi et pour cela partons de l’histoire dans laquelle s’inscrivent à la fois le fait libéral et les doctrines qui en sont la source et/ou la conséquence.

Émancipation de la religion

Le libéralisme renvoie d’abord à une expérience située dans l’histoire et la géographie : l’Angleterre du xviie siècle. C’est là qu’émerge ce que l’on va progressivement appeler la philosophie politique et économique libérale. Or cette émergence n’est pas une génération spontanée. Elle est liée à un contexte : les terribles décennies de guerre civile et d’instabilité politique et religieuse que connaît le Royaume britannique. Le rapport entre religion et politique va apparaître comme le centre du problème. Comment établir une paix civile malgré des opinions religieuses différentes ? En inventant un pouvoir politique neutre. Examinons ces termes.
L’expérience de la dissolution possible du politique, dans la guerre civile, rend de plus en plus difficile la compréhension traditionnelle de son origine en Dieu ou en la nature. C’est donc que l’État est le résultat d’une construction des hommes, d’un contrat social passé entre les individus. Telle est l’hypothèse de Thomas Hobbes (1588-1679) dans Léviathan (1651) qui va néanmoins en tirer une conséquence… absolutiste. La reprise critique par John Locke (1632-1704) des principes de Hobbes va déterminer le fondement de la philosophie politique libérale. Qu’est-ce que Locke admet et refuse dans l’élaboration de Hobbes ?
Il reprend cette hypothèse d’un état de nature dans lequel l’homme est individu asocial. Donc à l’origine du libéralisme, il y a toujours d’abord l’individu. Pourquoi l’homme en est-il venu à sortir de cet état de nature ? Pour Hobbes, c’est que l’état de nature est un état de guerre de tous contre tous. Pourquoi ? En raison de l’escalade de la violence engendrée par la peur de la mort violente et le désir d’être reconnu comme premier. Le pouvoir politique va donc pour Hobbes être le fruit de ce retournement de l’état de nature contre lui-même. Ni l’inclination naturelle et positive à la vie en société ni la providence divine n’expliquent la société politique. Les hommes liquéfiés par la peur de la mort vont abandonner à un tiers le soin de les protéger. Il va donc y avoir une monopolisation de la violence par ce tiers, le souverain politique. Comme le nom monopolisation l’indique, seul l’État souverain va désormais pouvoir faire usage de la violence. Telle est la conséquence que Locke refuse formellement parce qu’elle lui paraît absurde. Comment les individus vont-ils chercher protection contre le renard en se jetant dans la gueule d’un lion ?

L’individu propriétaire


Locke va donc chercher les présupposés de son refus de Hobbes dans une réélaboration de l’hypothèse de l’état de nature (Traité du gouvernement civil, 1690). 
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