Pier Giorgio Frassati (1901-1925), jeune étudiant italien emporté à 24 ans, passionné d’alpinisme et de théâtre, béatifié en 1990 par Jean-Paul II, est un bel exemple pour la jeunesse d’aujourd’hui. Portrait à l’occasion de la sortie d’une excellente biographie (1).
Le sénateur Alfredo Frassati est un homme du XXe siècle, confiant dans la démocratie libérale et cultivant un sens élevé de l’État. Directeur du journal piémontais La Stampa, il le hisse au niveau national tout en préservant son indépendance des troubles politiques qui animent l’Italie au lendemain de la Grande Guerre, parmi lesquels la montée du fascisme. Séduisante personnalité en vérité, cumulant responsabilités et titres. Or dans la grande maison bourgeoise de Turin, entre sa femme Adélaïde et sa fille Luciana, grandit son fils Pier Giorgio qui n’aura cure de faire valoir son prestigieux nom de famille. Pour la postérité cependant, Frassati désigne non le sénateur, mais l’étudiant écervelé dévoué aux pauvres, proclamé bienheureux le 20 mai 1990 par Jean-Paul II et qui repose aujourd’hui dans la cathédrale de Turin.
Né le 6 avril 1901, Pier Giorgio reçoit de sa mère une éducation austère. Peu de jeux retardent Pier Giorgio et Luciana en enfance ; ceux-ci grandissent entre l’agnosticisme paternel et la religiosité stérile de leur mère. Il leur faut se conformer à l’exemple de réussite de leur père, pour qui le travail est la valeur absolue : la réussite est l’objet d’un chantage affectif. Peu studieux mais obéissant, l’étude apparaît pour le garçon une priorité en même temps qu’une source d’angoisse. Mais le désappointement parental s’accroît encore devant les signes de foi fervente de l’adolescent. Entré au collège des Jésuites, sa vie intérieure connaît un essor qui ne devra plus s’arrêter, rythmée par la communion quotidienne. À 21 ans, il s’engage dans le Tiers Ordre dominicain.
« Faire, faire, bien faire » disait le père. Le fils mit en œuvre cette consigne, mais pas où on l’attendait : Pier Giorgio consacre son énergie à la réalisation des huit béatitudes. Découvrant la détresse humaine des quartiers pauvres turinois, il devient membre de la Conférence Saint-Vincent, adhère au Parti populaire, à l’Action catholique et au Cercle Balbo d’étudiants catholiques. Ses engagements multiples mais assumés dénotent une soif de trouver les principes d’une existence qui s’accorde davantage à Dieu. Combattant né, Pier Giorgio apporte dans tous ces milieux non seulement son dévouement mais aussi sa part de discernement et de saine protestation : il rend son tablier au Cercle Balbo lorsque celui-ci sort ses drapeaux pour accueillir la visite officielle de Mussolini à Turin. Entré à l’école Polytechnique, Pier Giorgio donne enfin sens à ses études : devenir ingénieur des Mines afin, dit-il, « de pouvoir me donner plus encore au Christ au milieu des mineurs. Comme prêtre, je ne pourrai pas le faire, mais, comme laïc exemplaire et vraiment catholique, oui ».
La charité active
L’attention aux pauvres reste l’occupation prioritaire de ses journées hyperactives. Ses poches regorgent de papiers où sont griffonnées les adresses des personnes à visiter. On croise le fils du sénateur dans les rues de Turin poussant une charrette de déménagement, dans les faubourgs où il visite un malade, apporte une paire de souliers au petit dernier et désengage au Mont-de-piété le collier de sa mère. Ces dépannages sont toujours accompagnés d’une discussion au cours de laquelle il a à cœur de donner encore une raison d’espérer en Dieu. Tout est accompli dans le silence. Seuls ses amis et les pauvres en sont témoins, pas sa famille. Lorsque sa gouvernante découvre sa fébrile activité et lui en demande le motif, elle s’entend répondre : « Jésus me rend visite chaque matin dans la communion. Je le lui rends aussi misérablement que je peux en visitant les pauvres. » Suivant à Berlin son père nommé