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Plus jamais dimanche ?

Editorial

Christophe Geffroy

Source :La Nef n°199 de décembre 2008
Le travail du dimanche a été remis à l’ordre du jour par Nicolas Sarkozy lui-même qui, visiblement agacé par les atermoiements de sa majorité, a déclaré : « Pourquoi continuer d’empêcher celui qui le veut de travailler le dimanche ? » Et d’ajouter, fidèle à son principe du « travailler plus pour gagner plus » : « C’est un jour de croissance en plus, c’est du pouvoir d’achat en plus. Il faut quand même penser aux familles qui ont le droit, les jours où elles ne travaillent pas, d’aller faire leurs courses dans des magasins qui sont ouverts et pas systématiquement fermés » (1). Aussitôt, on reparle de la proposition de loi du député UMP Richard Maillé visant à élargir « les dérogations au repos dominical dans les grandes agglomérations, les zones touristiques et les commerces alimentaires », qui, déposée en août, pourrait être examinée courant décembre à l’Assemblée. Pour justifier son texte, il s’appuie sur un sondage publié le 12 octobre par le Parisien qui montre qu’une majorité de Français (52 %) sont favorables à l’ouverture des magasins le dimanche, ce chiffre montant à 73 % en région parisienne.
Cette façon purement « économiste » d’appréhender la question est-elle la bonne ? N’élude-t-elle pas d’autres aspects plus essentiels ?

Passons sur l’argument économique dont rien ne prouve qu’il permettra à terme d’augmenter la consommation donc la croissance, puisque les achats effectués le dimanche ne le seraient plus en semaine (sauf à penser que la « consommation » du dimanche ne vise que le superflu !) ; de plus, si le travail dominical se généralise et devient une habitude, les augmentations de salaires actuellement prévues pour ce jour-là vont tendre à disparaître. Mais surtout l’argument majeur de la « liberté » est particulièrement fallacieux, car il s’agit d’une liberté où les contractants ne jouent pas à armes égales. M. Sarkozy se soucie des personnes qui veulent faire des courses le dimanche, mais beaucoup moins de celles qui devront travailler pour les satisfaire. Certes, dit-on, personne ne sera obligé de travailler le dimanche s’il ne le souhaite pas, mais comment ne pas voir que celui qui refuse systématiquement de travailler ce jour sera défavorisé par rapport à ses collègues qui acceptent cette contrainte ? Au reste, le sondage du Parisien révèle que 54 % des commerçants et 53 % des ouvriers sont hostiles à cette évolution : n’est-ce pas eux les premiers concernés par cette proposition de loi ? Seuls les grandes surfaces et les grands magasins – c’est-à-dire les plus puissants – vont bénéficier de cette loi, car seuls ils ont la structure et le personnel qui leur permettent de rester ouverts sept jours sur sept : une fois de plus, c’est le commerce de proximité, déjà bien affaibli, qui sera sacrifié. Entre le « plaisir » des personnes souhaitant faire des courses le dimanche – n’y a-t-il pas là déjà une anomalie, comme le signe d’un vide, à trouver plaisant d’occuper son dimanche à visiter des magasins ? – et la contrainte imposée aux salariés ce jour-là, lequel doit l’emporter ? Il est affligeant que la réponse ne semble plus évidente pour tous !

Il est un autre aspect, cependant, que le gouvernement ne prend pas en compte : c’est la valeur sociale et familiale du dimanche, plus importante pour la société que les considérations purement économiques au demeurant fort aléatoires. Dans notre monde matérialiste où l’efficience prime tout, où l’homme est réduit à n’être qu’un consommateur, n’est-il pas important que demeure un jour de repos pour tous où les valeurs non marchandes ont la première place ? Et puis n’est-il pas absurde de se plaindre de l’éclatement des familles et tendre à supprimer le seul jour commun où ses membres peuvent se retrouver ? Le fait que le jour chômé de la semaine soit le même pour tous, précisément le jour où la plupart ne travaillent pas et ne peuvent « 
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