Elle est de ces êtres rares, aussi doux que joyeux, qui peuvent vous parler d’un drame avec une grande tendresse. Puis éclater de rire quand l’atmosphère se fait trop lourde. Et pourtant les sujets qu’elle aborde sont graves et ne prêtent pas à rire. Mais la légèreté est souvent un bon remontant, du moins c’est sûrement le sien. Marie-Noëlle Couderc a 47 ans. Son engagement au service des femmes et de la vie remonte à l’automne 1987. Alors âgée de 24 ans, le diplôme d’assistante sociale en poche, elle tombe sur le livre du neuvième congrès international de la famille à Paris. C’est le recueil de toutes les associations qui œuvrent pour la vie. Une annonce attire son regard : on recherche quelqu’un pour créer une maison qui accueillerait de futures mamans isolées. Quelle belle idée ! « Déjà pendant mes études, j’avais remarqué qu’un grand nombre de femmes avortaient faute d’accueil, se souvient-elle. Tout est mis en place pour un avortement, mais pour celle qui a décidé de garder son bébé… rien ! » Dans ces années-là, une femme seule et sans ressources n’avait pas d’autre choix que de se séparer de cette nouvelle charge que représentait un enfant à naître. La lecture de cette annonce est donc ressentie comme un appel pour la jeune fille, même si elle ne sait ni monter une maison, ni diriger une association. L’idée vient de Mme Poullot, fondatrice de Femmes et enfants d’abord-Secours aux futures mères, et du professeur Lejeune. Très heureux de trouver une bonne âme pour mener à bien leur entreprise, ils décident de lui faire confiance. La voilà donc partie pour la Seine-et-Marne seule dans une maison où tout est à faire.
On l’appelle La maison Tom Pouce. Aujourd’hui, deux unités de onze lits ont la capacité d’accueillir plus de 120 femmes par an. « Je veux proposer une alternative à l’IVG, explique cette mère de cinq enfants. Il ne s’agit pas de faire culpabiliser les futures mamans mais de leur dire que leur grossesse est source de joie. Je veux donner le choix là où la société n’en donne pas ! » Quand une femme arrive à l’association, elle est automatiquement prise en charge par une éducatrice référente qui va la suivre pendant toute sa grossesse. Ensemble, elles préparent le trousseau, apprennent à gérer un budget, à remplir les formulaires CAF ou Sécu. Elles prennent rendez-vous pour le suivi de grossesse et entament les recherches de centres maternels qui pourront accueillir la maman avec son bébé. Si 60 % des futures mères qui séjournent à l’association ont moins de 21 ans, elles ne doivent pas renoncer aux études pour autant. Une mineure est tenue d’aller à l’école.
Depuis sa création, l’association a pris en charge plus de 2000 femmes : « Imaginez tous ces enfants qui ont pu être sauvés ! », s’exclame la directrice. Mais ce n’est pas assez. Chaque année la demande augmente et il manque cruellement de place. « L’idéal serait d’ouvrir une maison à Paris, mais nous avons besoin de moyens humains et financiers ! », explique Marie-Noëlle Couderc. L’appel est lancé.
La maison Tom Pouce ne se revendique d’aucune religion, ce qui lui permet l’aide des services sociaux. Elle accueille et héberge toute femme enceinte en difficulté dès le premier mois de grossesse. Qu’elle soit sans-papier, ou handicapée, chrétienne ou musulmane, une future maman est toujours la bienvenue à l’association. « Défendre la vie n’est pas une question de foi, c’est du bon sens, affirme Marie-Noëlle. En revanche, ce qui nous différencie de ceux qui ne croient pas c’est le devoir d’exemple qui s’impose à tout chrétien ».
Deux fois par an, La maison Tom Pouce est en fête : à Noël et le jour de la fête des mères. Une occasion pour toutes les anciennes pensionnaires de revenir avec leur famille : « Revoir tous ces enfants est la plus belle des récompenses, conclut-elle. Quand la fatigue, la faiblesse ou le doute arrivent, il nous suffit de penser à eux : ils sont notre joie et la preuve vivante de