Le droit d’ingérence n’a pas été inventé par le Dr Kouchner. Ce droit a été annoncé en 1783 par le pasteur Ezra Silves qui proclama que les États-Unis « seront une grande nation quand le Seigneur aura élevé son Israël annoncé et invité notre peuple à prendre en charge ceux qui sont incapables de se gouverner », « au besoin, dira un peu plus tard le pasteur Burgess, à composer une certaine forme d’organisation par tous les moyens appropriés. »
La France avait engagé, presqu’au même moment, une politique analogue comme le montre la déclaration de guerre à l’Empire germanique au printemps 1792. Ce sera après 1797 la création des Républiques sœurs (Italie, Pays-Bas, Naples) qui deviendront des fiefs de l’Empire napoléonien « au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », complément important à la déclaration des droits de 1789.
Au nom de ces grands principes, on assiste tout au long du XIXe siècle à l’éclosion d’États nouveaux. La Grande Guerre va accélérer ce processus et l’on voit naître des États artificiels dont l’identité est inexistante. Pendant quatre siècles Lituanie et Pologne avaient été unies ; au lieu de faire renaître cette union on va reconnaître l’indépendance de la Lituanie et, afin de permettre à la Pologne d’avoir un accès à la mer, on met en place, au mépris des Allemands majoritaires dans la région, le fameux « couloir de Dantzig ».
Les Quatorze points de Wilson, qui avait précédé son refus brutal à la tentative de paix du pape Benoît XV au motif qu’il ne voulait pas négocier avec une Allemagne autoritaire et non démocratique, ouvrent la voie à la création de deux États artificiels, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie en démembrant consciencieusement la Hongrie et l’Autriche. La politique du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes mènera à la mainmise économique du Reich sur toute l’Europe centrale et conduira à la Seconde Guerre mondiale.
Celle-ci verra se développer simultanément le refus de liberté aux peuples et l’affirmation de ce même droit. Outre la Shoah qui entraîne l’extermination de plus de 6 millions de personnes, on assiste au transfert vers l’ouest de plus de 12 millions d’Allemands installés en Europe orientale. En même temps, on insiste sur la nécessité de la décolonisation, on maintient la Yougoslavie en état de même que la Tchécoslovaquie et on admet sans broncher la mainmise de l’URSS sur l’Europe orientale.
La décolonisation, réclamée depuis 1918 par Wilson, confortée par les idées par le pape Pie XI, était nécessaire. Encore fallait-il la réussir. Ce sera, au moins partiellement, sauf dans l’Afrique noire ex-française, une série d’échecs dramatiques. L’indépendance de l’Inde et du Pakistan, ce sera deux à trois millions de morts dans les années qui suivent le 15 août 1947 et on compte encore au Cachemire quelques centaines de morts chaque année. La mainmise des Kmers rouges sur le Cambodge devenu indépendant entraîne la disparition de deux à trois millions de Cambodgiens.
C’est en Afrique que la décolonisation a eu les conséquences les plus dramatiques. De 19510 à 1960, au cours des années de domination européenne, la situation économique de l’Afrique ne cesse de s’améliorer et cela se prolonge de 1960 à 1970 dans la foulée des années précédentes. Depuis, la mauvaise gouvernance, la corruption ont fait de l’Afrique indépendante un continent où les conditions deviennent dramatiques.
Il est de bon ton de condamner la Francafrique. Elle a incontestablement d’innombrables défauts mais il est une chose importante que l’on oublie de souligner : les pertes humaines dues aux conflits locaux sont faibles : il apparaît qu’elles sont inférieures à 50 000 personnes. Le bâton militaire français a donc quelques avantages que ne connaissent pas d’autres pays africains où le nombre de morts se compte en millions.
En fait, au nom des grands principes on a décolonisé trop tôt et trop vite. Les Chinois l’ont bien