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Pour une poignée de milliards

Contre culture

Jacques de Guillebon

Source :La Nef n°197 de octobre 2008
Benoît XVI vient en France, où il dénonce la soif de l’or, de l’or comme idole, non pas nouvelle mais contemporaine, et de l’or comme une image aveuglante du mensonge. Deux jours après, la première économie du monde annonce qu’elle menace de couler. Car « Il renverse les puissants… » Aucun rapport, sans doute.
Sauf qu’il apparaît enfin, sans que personne ne puisse plus le nier, que le néolibéralisme, c’était bien l’anarchie plus mille milliards. Mille milliards de dollars à trouver, au bas mot, pour les injecter dans une économie ultra-financiarisée, une économie qui refuse toujours plus de regarder la réalité en face pour la bonne raison qu’elle repose sur une contradiction fondamentale. C’est d’ailleurs l’économiste Jacques Sapir qui le dit : « Quand on comprime les revenus salariaux pour toujours plus de profits et que l’on cherche dans la financiarisation de l’économie une porte de sortie à la contradiction qui veut que toute compression des revenus induira celle de la demande solvable, donc celle du niveau d’activité et donc celle du volume des profits, alors la dérégulation financière et l’emballement de la machine à crédit au-delà de toute borne prudentielle deviennent logiques ». Vous voyez que nous sommes sérieux, ici, et qu’il ne s’agit pas d’idéologie. Mais de faits.
Pourtant le pire, le grand mystère, au milieu de cette intrigue, demeure dans la collusion permanente des bien-pensants, ceux qui n’ont pas changé malgré Bernanos, avec cette anarchie qu’ils prennent pour l’ordre seulement parce qu’elle conserve leurs privilèges. Ces petits soldats de la déshumanisation du monde qui ont perpétuellement accepté un système économique dont ils combattaient les présupposés philosophiques ; ceux qui ne se sont jamais interrogés sur les raisons de la séduction exercée par tous les socialismes sur tous les peuples depuis deux cents ans ; ceux qui se sont réjouis de la chute de l’Union soviétique et de ses vassaux, non pas tant parce qu’elle sonnait l’heure de la liberté de conscience pour des millions d’hommes, mais parce qu’elle leur ouvrait de nouveaux marchés.
Mais nous voulons croire que l’heure de la morale a sonné. Jusque-là, jamais dans l’histoire de l’humanité, peut-être, la concupiscence n’avait été aussi peu critiquée, la concupiscence qui est bien le fond de cette avarice jaune qui a édifié ce monde. Jamais on n’avait formé de tels bataillons d’humains dont l’unique aspiration était le bien-être à base matérialiste.

De la gauche il ne faut rien attendre, la gauche qui s’est empêtrée, et pour longtemps encore, dans une critique économique infrastructurelle, héritage du marxisme, qui lui interdit de jamais porter une condamnation morale, tout étant affaire de classe, au sens terroriste du terme, ce qui interdit quelque anthropologie que ce soit et fabrique des nains de l’esprit à altitude besancenotienne. Quant à la droite… la droite a depuis longtemps intégré les nations et les États, ainsi que toutes les institutions humaines, particulièrement celles qui reposaient sur l’honneur, la confiance et l’héroïsme, donc sur le don, comme des paramètres secondaires de son grand jeu économique, ce jeu sublime où qui a perdu perdra toujours plus, et où qui possédait possédera toujours plus. Ainsi, l’on voit de grands observateurs économiques catholiques, qui tout le long du jour allaient vous serinant qu’il fallait moins d’intervention de l’État et moins de réglementation, remiser maintenant leur petit drapeau dès que s’annonce la crise pour, non pas remercier les Banques centrales de sauver leurs empires de titres en papier avec l’argent de l’éternel contribuable, mais bien pour se féliciter que chacun ait fait son job normalement, puisque tout devait finir ainsi. Provisoirement. En attendant qu’ils se refassent.
C’est sans doute ce que Jean-Claude Michéa à la suite d’Orwell, appelle la « double pensée » (1). Ce sont sans doute ces hommes-là qu’un certain rabbi il y a deux mille ans 
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