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Pour une réconciliation liturgique

Cardinal Robert Sarah

Source : La Nef n°294 de juillet-août 2017

Nous fêtons le 7 juillet le dixième anniversaire du Motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI. Nous sommes heureux et fort honorés de vous proposer, pour ouvrir ce dossier, une réflexion passionnante du cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le Culte divin, qui nous invite à mettre pleinement en œuvre ce Motu proprio.


« La Liturgie de l’Église a été pour moi l'activité centrale de ma vie […] elle est devenue le centre de mon travail théologique » (1), affirme Benoît XVI. Pourtant, il a peu enseigné à ce sujet durant son pontificat. Certes, ses homélies demeureront des documents incontournables pour des générations. Mais il faut aussi souligner l'importance majeure du Motu proprio Summorum Pontificum. Loin de viser seulement la question juridique du statut de l'ancien missel romain, le Motu proprio pose la question de l'essence même de la liturgie et de sa place dans l’Église. L'enseignement contenu dans ce document ne vise donc pas seulement à réglementer la coexistence harmonieuse de deux formes de la messe romaine. Non ! Ce qui est en cause, c'est la place de Dieu, le primat de Dieu. Comme le souligne le « pape de la liturgie » : « Le véritable renouveau de la liturgie est la condition fondamentale pour le renouveau de l’Église » (2). Le Motu proprio est un document magistériel capital sur le sens profond de la liturgie, et par conséquent, de toute la vie de l’Église. Dix ans après sa publication, il importe de faire un bilan : avons-nous mis en œuvre cet enseignement ? L'avons-nous compris en profondeur ?
La liturgie était devenue un champ de bataille, le lieu des affrontements entre les tenants du missel préconciliaire et ceux du missel issu de la réforme de 1969. Le Sacrement de l’amour et de l'unité, le sacrement qui permet à Dieu de devenir notre nourriture et notre vie, et de nous diviniser en demeurant en nous et nous en lui, était devenu une occasion de haine et de mépris. Le Motu proprio a définitivement mis fin à cette situation. En effet, Benoît XVI affirme avec son autorité magistérielle qu’« Il n'est pas convenable de parler de ces deux versions du Missel Romain comme s'il s'agissait de “deux Rites”. Il s'agit plutôt d'un double usage de l'unique et même Rite » (3).
Ainsi renvoie-t-il dos à dos tous les combattants de la guerre liturgique. Les expressions du pape sont fortes, elles révèlent clairement une intention d'enseigner de manière définitive : les deux missels sont deux expressions de la même lex orandi. « Ces deux expressions de la lex orandi de l’Église n'induisent aucune division de la lex credendi de l’Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l'unique rite romain » (4).
Je suis intimement persuadé que l'on n'a pas fini de découvrir toutes les implications pratiques de cet enseignement. Je veux ici en tirer quelques conséquences.
D'abord, l’Église ne se contredit pas : il n'y a pas une Église préconciliaire face à une Église postconciliaire. Il n'y a que l'unique Église, sacrement et présence continue du Christ sur la terre. Il est temps que les chrétiens contemplent cette présence du Christ avec un regard de foi et, par conséquent, rejettent les visions mondaines, idéologiques, sociologiques ou médiatiques. L’Église est une, sainte, catholique et apostolique, dans l'espace et dans le temps, selon notre Credo. Toute réforme dans l’Église est un retour aux sources, jamais la victoire d'un clan sur un autre.
Aussi, ceux qui prétendent que l'usage de la forme extraordinaire du rite romain remettrait en cause l'autorité du concile Vatican II se trompent gravement. Comme l'affirme Benoît XVI avec autorité, « cette crainte n'est pas fondée » (5). Comment supposer que le Concile ait voulu contredire ce qui se faisait auparavant ? Une telle herméneutique de rupture est contraire à l'esprit catholique. Le Concile n'a pas voulu rompre avec les formes liturgiques héritées de 
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