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Psichari, centurion de la foi et de l'espérance

Michel Toda

Source :La Nef n°180 de Mars 2007
Une biographie d’Ernest Psichari (1883-1914), riche en renseignements autant que respectueuse de son souvenir, a été publiée par Hugues Moutouh (1). Elle nous permet de reparler de lui.


Tout au long de l’entre-deux-guerres, le « sillon de lumière » laissé après lui par Ernest Psichari avait persisté : des centaines de chrétiens lui donnaient chaque jour une prière, des femmes conservaient son image dans leur paroissien, des cercles de jeunes gens portaient son nom, et, dans la forêt des Ardennes, le passant remarquait sa tombe toujours ornée de fleurs par des mains inconnues. « Voici, avertissait Henri Massis à la première ligne du captivant ouvrage qu’en 1936 il lui consacra, voici nos destinées et voici notre chef. » Mais qui donc était-il, cet Ernest Psichari, pour que sa mémoire ait suscité pareille ferveur ? Quels accomplissements lui devait-on ?
Fils de Jean Psichari, professeur de philologie byzantine et néo-grecque à l’École des Hautes Études, petit-fils par sa mère de l’illustre Ernest Renan, « obsédé de ses idées », et, toutefois, durant ses dernières années, gagné à une « ironie désabusée qui se complaisait dans son désenchantement » (ce qui n’empêcha pas, lors de l’inauguration de sa statue à Tréguier, en 1903, les suppôts de M. Combes de le couronner « bleu de Bretagne » et de l’enrôler à titre posthume sous la bannière du Bloc des gauches...), Ernest Psichari eut une enfance heureuse, au sein d’une famille où le goût d’une forte culture classique ne laissait nulle place aux croyances religieuses. Étant lycéen à Henri-IV, il allait faire la connaissance, à la rentrée de 1898, de l’ami qui aura pour lui tant d’importance : Jacques Maritain, petit-fils de l’avocat et ministre républicain Jules Favre. D’un an plus âgé qu’Ernest, élevé semblablement dans l’incroyance, Maritain, ce « type épatant », tout de suite, le transporta. Possédés du même enthousiasme (« mais là où Ernest s’emballait par le cœur, Jacques s’enflammait par l’intelligence, là où Ernest rêvait, Jacques précisait », a observé Henriette Psichari, la sœur d’Ernest), les deux camarades, que la découverte du monde du travail et de ses misères avait bouleversés, embrassèrent les théories socialistes et vibrèrent d’admiration pour Jaurès. Quand, au lendemain de l’affaire Dreyfus, fleurirent les universités populaires, désireuses de « former les couches de la démocratie », ils s’y étaient élancés. Ainsi les vit-on, en pantalon de velours serré aux chevilles et ceinture rouge, « pour faire comme les ouvriers », animer des soirées récréatives à l’U.P. du Xe arrondissement.

Du Congo à la Mauritanie

Tandis qu’Ernest préparait en Sorbonne une licence de philosophie, se produisit la chute, ou plutôt la série de chutes, qui faillit lui être fatale. Causée par une passion amoureuse non payée de retour. Il toucha alors le fond de la désespérance ; il s’abandonna à une vile débauche ; il tenta de se tuer. À ces longs mois d’affreuse détresse, cependant, à cette « saison en enfer », l’apaisement finit par succéder, puis la volonté de renaître. De renaître en courbant son indiscipline, en se châtiant vertement. Oui, il fallait qu’il reçût des coups de férule, qu’il suivît, « entre deux rails monotones et sévères », un chemin de peine. Celui de l’armée ? Pourquoi pas ? Le 11 novembre 1903, à la stupeur générale, le jeune Psichari s’engageait. Devenu troupier au 51e d’infanterie, caserné à Beauvais, il retrouva, malgré la dureté et la rustauderie du milieu, sa joie de vivre. En juin 1904, il fut nommé caporal. Et sergent au 72e en décembre, après avoir rempilé pour cinq ans.
Encore qu’elle eût décidé de sa vocation, Ernest, à « la grande armée nationale », trop routinière, en préférait une autre, plus fermée, plus militaire, dans laquelle on se sent davantage un « vrai » soldat. Afin de pouvoir être adjoint à l’expédition au Congo que projetait le commandant Lenfant, il 
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