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Quel pouvoir, quelle liberté ?

Editorial

Jacques de Guillebon

Source :La Nef N°234 de février 2012
L’élection qui vient n’est pas exempte de risques. Il y a ceux que l’on connaît tous : en cas de victoire de ce qui s’appelle aujourd’hui la gauche, les bases raisonnables de la vie familiale seront encore un peu plus ébranlées, ces gens qui se font appeler socialistes ne reculant devant rien pour miner les conditions immédiates des rapports sociaux. En quoi serait-ce socialiste que de refuser à un enfant la grâce d’un père et d’une mère, on ne sait pas. En quoi serait-ce socialiste que d’abréger l’existence des faibles, des vieux, des défaits, des débiles – après leur avoir souvent déjà interdit la naissance – on ne le sait pas plus. En quoi serait-ce socialiste que de prêcher, contre l’avis du donné naturel, de toute l’histoire de la civilisation et de la plupart des psychologues et psychanalystes, la disparition de la sexuation reçue, grand esprit qui le devinera.
On ne peut pas oublier non plus que la droite proclamée détricote plus vite que son ombre les dernières protections sociales au nom de la compétitivité, du remboursement de la dette, et du droit du renard libre à s’ébattre dans le poulailler libre. Nous sommes confrontés aux deux faces de la même médaille antisociale.

Mais il y a aussi un risque politique général que les catholiques méconnaissent souvent. De même que se désintéresser de la chose politique est une grave erreur, de même en attendre une réponse ultime serait divaguer. Le Français est très sensible depuis plusieurs siècles aux luttes de pouvoir, et il a tendance, moderne, à y traquer ou l’apocalypse ou le paradis retrouvé. Cette libido de la souveraineté remonte très loin, sans doute à la chute du Moyen-Âge, quand au rôle paternel de l’autorité temporelle a été substitué le pouvoir absolu. Dans ce sens, la tourmente révolutionnaire n’aura été que la sanction d’un prométhéisme en germe que les monarques d’Ancien Régime n’ont pas peu contribué à élever et à nourrir. Il n’est que de lire la lettre à Louis XIV de Fénelon (1) pour en prendre conscience. Le Cygne de Cambrai en fut désavoué par l’Aigle de Meaux, et l’orgueil français a toujours préféré depuis suivre l’hétérodoxe Bossuet dans cette voie, sans comprendre qu’il préparait la ruine du royaume.

La violente leçon que dispense le précepteur du duc de Bourgogne à son suzerain est pourtant lumineuse : à ne choisir que sa gloire, le Roi Soleil non seulement réduisait ses peuples à la misère, mais encore contrevenait au droit chrétien de la guerre, et surtout de sa lieutenance de Dieu sur terre croyait pouvoir tirer la légitimation d’une domination générale. La République en fera mûrir les fruits : comme le montre, entre autres choses, le beau collectif du frère Stéphane-Marie Morgain, Libertas Ecclesiae (2), la Constitution civile du clergé n’est qu’une conséquence des libertés gallicanes, et un moment, terrible, des rapports tourmentés qu’entretiennent l’autorité ecclésiale romaine et les pouvoirs temporels, derrière lesquels souvent se dissimulent les appétits des Églises locales.

Ce sera le génie du XIXe de trancher en faveur de l’ultramontanisme, et de réhabiliter face à un monde en voie d’unification la puissance du pape. L’Église est la vraie unificatrice, la seule internationale qui tienne : c’est dire que sa parole seule a la capacité de nous délivrer de nos pensées égoïstes et autocentrées. Ceci valant et pour les laïcs, et pour les clercs dont la tendance à se reconstituer en Églises nationales est récurrente. Ce que Mgr Nicola Bux, consulteur à la Doctrine de la Foi épinglait récemment comme « l’éléphantiasis des conférences épiscopales (nationales, régionales, territoriales) qui veulent pratiquement dicter des lois, y compris au Siège apostolique de Rome. Le risque est grave : la réalité – elle n’est pas d’aujourd’hui – est qu’il existe une tentative de la part de certaines conférences épiscopales de se constituer en alter ego du Saint-Siège, oubliant que les 
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