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Réconcilier science et morale

Pierre-Olivier Arduin


Source : La Nef n°204 de mai 2009
Dans le cadre des États généraux de la bioéthique du diocèse de
Fréjus-Toulon, la participation exceptionnelle des députés Jean-Sébastien
Vialatte et Jean Leonetti, respectivement coauteur du rapport de l’Office
parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (Opecst) et rapporteur de la mission de révision de la loi bioéthique, démontre que nos élus sont disposés à débattre avec une Eglise catholique dont ils n’ignorent pas la cohérence et la pertinence intellectuelles sur ce terrain.
Illustration avec la question de la recherche sur l’embryon.


La loi du 6 août 2004 établit un régime dérogatoire qui maintient le principe d’interdiction de recherche sur l’embryon tout en la dépénalisant à la condition qu’elle soit « susceptible de permettre des progrès thérapeutiques majeurs » et qu’elle ne puisse pas « être poursuivie par une méthode alternative d’efficacité comparable ». Dans son document préparatoire à la tenue des États généraux, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) reconnaît que « la fiabilité et la loyauté des informations scientifiques sont de réels enjeux sociaux » (1). Assertion que nous avons prise au pied de la lettre en faisant valoir les dernières publications internationales en la matière. Perspectives d’avancées médicales avec les cellules souches embryonnaires (ES) ? Depuis leur découverte en 1998, il n’y a tout simplement pas eu le moindre essai clinique ou la plus petite preuve d’un éventuel bienfait chez l’homme. Bien plus, ces cellules issues de la destruction du jeune embryon sont à l’origine de cancers chez l’animal.

Alternative possible

Absence d’alternative ? Deux découvertes majeures saluées par la communauté scientifique affirment le contraire : les cellules pluripotentes du sang de cordon ombilical isolées par le professeur McGuckin et les fameuses cellules souches induites dites iPS issues de la technique révolutionnaire de reprogrammation mise au point par le professeur japonais Yamanaka. Ce qu’ignorait Jean Leonetti, c’est que McGuckin et Yamanaka, un an avant que leurs travaux ne soient connus du grand public, avaient été reçus par Benoît XVI dès septembre 2006 à l’issue d’un symposium international organisé conjointement par l’Académie pontificale pour la Vie et la Fondation Jérôme Lejeune. Preuve du degré d’expertise de l’Église dans un domaine aussi pointu que la médecine régénératrice. Sur le plan éthique, une citation du CCNE – « L’embryon humain dès la fécondation apparient à l’ordre de l’être et non de l’avoir, de la personne et non de la chose » – nous a permis de faire remarquer que le magistère de l’Église ne disait pas autre chose : « Les conclusions scientifiques sur l’embryon humain fournissent une indication précieuse pour discerner rationnellement une présence de la personne dès cette première apparition de la vie humaine » (Donum vitae).
Pourtant, en dépit de ces faits irréfutables, la pression est aujourd’hui à son comble pour que le législateur autorise sans restrictions la recherche sur l’embryon. La quasi-totalité des chercheurs qui ont jusqu’ici défilé à l’Assemblée nationale ont revendiqué l’instauration d’un cadre législatif le moins contraignant possible où la liberté de recherche ne serait plus directement limitée par le principe de dignité humaine mais pourrait s’affirmer comme une liberté publique autonome.

Position utilitariste

La France peut-elle accepter de laisser la Science lui imposer un projet ultralibéral déconnecté de toute exigence éthique, avons-nous demandé au rapporteur de la mission parlementaire ? Cette position utilitariste outrancière conduirait à une instrumentalisation sans précédent de la vie humaine. Devant une dérive dont il n’avait peut-être pas mesuré immédiatement la gravité, Jean-Sébastien Vialatte s’est publiquement désolidarisé des recommandations du rapport de l’Opecst qu’il venait de 
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