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Reductio ad sexum et "biologisation" du droit

Guillaume Bernard

Source :La Nef n°229 de septembre 2011
Si la pratique de l’homosexualité est de tous les temps, la question de l’ouverture du mariage civil et de l’adoption pour les couples de même sexe est extrêmement récente. Dès lors que l’homosexualité n’est plus considérée comme une infraction ou une maladie, il apparaît, a priori, absurde de refuser aux homosexuels les mêmes droits qu’aux autres personnes. Il s’agirait, là, d’une intolérable discrimination. L’appréhension juridique, proposée ici, n’épuise pas la question ; celle-ci peut également être analysée sous d’autres angles, en particulier celui de la morale. Mais, ces approches sont distinctes (même si elles peuvent converger) et ne sauraient être substituées l’une à l’autre.

De nos jours, deux manières d’appréhender la sexualité s’affrontent : elle est, pour l’une, un donné, pour l’autre, un construit. Dans le premier cas, la dualité des sexes est regardée comme inscrite dans toutes les espèces animales. Il existe, naturellement, des mâles et des femelles qui sont différents et complémentaires. Pour la seconde conception, la théorie des genders, il n’y a pas de nature s’imposant à l’homme : chaque individu peut choisir son orientation sexuelle parmi une pluralité de pratiques toutes aussi recommandables. Dans ces deux approches pourtant différentes, le sexe est érigé en élément central de la personne. Cette reductio ad sexum, conduit à emprisonner la personne dans son corps. Pour les partisans des revendications homosexuelles, ce dernier est le support du choix ; pour ses opposants, il en est l’obstacle. Ainsi, les arguments pro et contra des revendications homosexuelles s’articulent-ils tous, dans cet affrontement, autour de la question du sexe, anatomique pour les uns, psychologique pour les autres. Ne s’agit-il pas, là, d’une « biologisation » du droit ?

Cette mise en exergue de la nature humaine (pour en valoriser soit son aspect génétique soit son côté volontariste) s’inscrit pleinement dans le cadre intellectuel de la société contemporaine. Le fait de revendiquer ou de refuser un droit en raison de l’humanité, manifeste une philosophie où le droit est inscrit dans l’être. En effet, pour la pensée moderne, le droit est un attribut de l’individu en tant qu’il appartient à l’espèce humaine. La revendication de la faculté de se marier et d’adopter pour les couples homosexuels repose, in fine, sur l’idée que leur refuser ce droit reviendrait à nier leur dignité humaine intrinsèque puisque tous les hommes, ayant la même nature, doivent disposer des mêmes libertés fondamentales. Les leur refuser, au nom de la même conception anthropocentrée du droit qu’ils instrumentent, semble pour le moins imprudent car, si était admise par l’opinion publique l’idée que le sexe est affaire de choix ou de goût (position qui justifie d’ailleurs aussi le célibat), il serait alors bien difficile de s’opposer, avec efficacité, à leurs demandes.

À l’inverse, pour l’approche classique, le droit consiste en une attribution d’une chose, d’une faculté à une personne (individuelle ou collective) en raison du rôle qu’elle remplit dans la société : le droit s’intéresse à l’acte et non à l’être de la personne (ce dernier relevant de la morale). C’est en vertu du mérite de l’acte que le droit est accordé à la persona. La sexualité n’est donc pas appréhendée comme traduisant la totalité de l’être ou la quintessence de la personne physique, mais signifie seulement des actes à rétribuer. L’être humain moderne est hétéro ou homosexuel ; la personne classique pratique une sexualité, commet des actes. Pour la philosophie aristotélo-thomiste, la question juridique consiste à déterminer si le comportement, en l’occurrence sexuel, réalise le bien commun, participe à l’harmonie ou détruit l’ordre social.

Or, la pratique homosexuelle est stérile par nature (tandis que l’hétérosexualité ne l’est que par accident). Par conséquent, ses adeptes, qui ne participent pas à la fonction 
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