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Retour à l’Europe des États

Philippe de Saint Robert

Source :La Nef n°198 de novembre 2008
Tout a été écrit sur la crise financière qui a secoué le monde, mais peu ont évoqué l’influence de la guerre en Irak et de l’euro dans cette crise qui marque le retour des États sur la scène politique.

Ce samedi 11 octobre, le chemin de Colombey-les-deux-Eglises était tout emmailloté de brume qui semblait s’épaissir à mesure que le train s’en rapprochait. Nous nous disions que, pendant ses périodes de retraite, le général de Gaulle devait avoir l’humeur morose. Puis le soleil s’est levé, écartant peu à peu les nuées sombres. Le président de la République et la chancelière d’Allemagne venaient là, sous couvert de célébrer le cinquantenaire de la rencontre en ces lieux du chancelier Adenauer et du général de Gaulle, qui venait tout juste de revenir aux affaires, pour tenter une fois encore de trouver un langage commun face à ce qu’il est convenu d’appeler la crise, et afin surtout de coordonner leurs attitudes qui s’étaient, les jours précédents, révélées divergentes.
Car, comme le dit un jour le Général, il ne suffit pas de crier « L’Europe ! L’Europe ! L’Europe ! » pour sortir des utopies pieuses et délétères qui en ont, depuis tant d’années, accompagné la « construction ». Nos deux compères – Nicolas et Angela, puisqu’ils feignent tant la familiarité – étaient plongés dans leurs paradoxes respectifs. Mme Merkel, grande donneuse de leçon en conceptualisation d’une Europe à l’allemande, et qui nous a imposé un traité de Lisbonne tout ficelé, depuis le début de la crise jouait en bonne « souverainiste » qu’elle se cache d’être sa partition authentiquement nationale. De son côté, le président Sarkozy se trouvait en contradiction complète avec la philosophie économique et européenne qu’il nous a fourguée pour se faire élire. Cette philosophie, entièrement fondée sur un « travailler plus » au moment où le chômage repart, et sur un « gagner plus » qui est une invitation à la consommation et par conséquent à la dépense et à l’endettement, sans parler de ses incitations à la « propriété » alors que l’ISF est toujours aussi dissuasif et pernicieux pour les classes les plus moyennes, cette philosophie, dis-je, apparaît aujourd’hui, au vu des événements, comme de la bouillie pour les chats. À quoi s’ajoute l’impertinence totale d’une politique étrangère désormais alignée sur celle des États-Unis, au moment où celle-ci s’effondre tant en Irak qu’en Afghanistan, et où la « gouvernance mondiale » du « big brother » nous a tragiquement conduits où nous en sommes.

L’endettement extérieur

Je veux bien – comme ils disent tous – que les « subprimes » (j’attends toujours une traduction compréhensible) aient été l’élément révélateur, puis déclencheur de la situation. Mais le problème de l’endettement aux États-Unis n’est pas seulement intérieur : il y a des années que les Américains vivent aux dépens des Européens et des Chinois. Nos commentateurs – journalistes et « grands éditorialistes » – n’aimeraient évidemment pas aborder certains sujets tels que les méfaits inflationnistes de l’euro et la guerre américaine d’Irak. Je n’ai trouvé qu’un journaliste économique à avoir évoqué ces sujets, c’est Jean-Michel Quatrepoint qui, dans son plus récent ouvrage, La Crise globale (1), écrit : « Cette guerre d’Irak restera dans les annales comme une des plus incroyables gabegies d’argent public. Chaque mois, des containers de dollars décollent de Washington pour atterrir à Bagdad et être distribués aux autorités irakiennes. Ce que ces milliards de coupures de 50, 100 et 1000 dollars deviennent ensuite est une autre affaire. Les enquêtes en cours seraient sur le point de révéler que les fournisseurs de l’armée américaine auraient fait ‘‘disparaître’’ 23 milliards de dollars, en facturant des prestations bidon ou en les surfacturant. Les prévisions de l’administration Bush tablaient sur un coût global de la guerre d’environ 60 milliards de dollars. Cinq ans après, les dépenses officielles dépassent déjà 
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