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Retour à l’Europe des États

Philippe de Saint Robert

Source : La Nef n°198 de novembre 2008
600 milliards de dollars. On est sur le rythme de 12 milliards par mois, selon que l’on inclut ou non les coûts indirects. »
Et Jean-Michel Quatrepoint de citer Joseph Stiglitz, prix Nobel de l’économie 2001 : « La guerre d’Irak a été financée différemment de toutes les autres guerres de l’histoire américaine. Normalement un pays en guerre demande des sacrifices à sa population. Il relève les impôts. Un débat s’instaure sur ce qui doit être financé par la dette et laissé aux générations futures. Cette fois-ci, le débat n’a pas eu lieu. […] Le président Bush a même demandé et obtenu une réduction d’impôts inconsidérée pour les riches. Chaque dollar dépensé à la guerre a été emprunté » (2). Et Quatrepoint d’ajouter : « Les 1000 milliards gaspillés en Irak ont été effectivement financés par la dette publique. Celle-ci n’a pas été souscrite par les ménages américains, déjà surendettés et dont le taux d’épargne est l’un des plus faibles du monde, mais par des investisseurs extérieurs, notamment chinois, qui ont acheté des bons du Trésor. C’est ainsi que l’Irak a creusé les déficits américains et n’est pas pour rien dans la crise des subprimes. La Fed, pour aider l’administration Bush et par esprit patriotique, a fait fonctionner la planche à billets et fermé les yeux sur les dérives du système bancaire, la bulle immobilière et le boom de la consommation à crédit. Un malheur n’arrivant jamais seul, l’échec de l’OPA sur la Russie s’ajoute au fiasco irakien. »
Telle est la « bonne gouvernance mondiale » à quoi notre président si moderniste ne cessait il y a peu encore de se référer comme étant son modèle. Ne l’accablons pas, il n’est pas le seul : le dogmatisme de la Commission européenne et l’aveuglement de nos « élites » pensantes et trébuchantes, assujetties à la « théologie du marché » et à la célèbre « main invisible » (dont on ne voit que trop les effets), nous ont de longue date enfermés dans une fatalité qui n’en était pas une. Quant à l’euro – cette monnaie qui nous a été imposée par une oligarchie sans mandat – je vous en laisse la définition d’un chroniqueur satirique : « monnaie dont la réussite explique tous nos échecs » (Philippe Bouvard). On ne va pas chercher la croissance « avec les dents », à peine de finir édenté, lorsqu’on a une banque centrale sans le moindre contrôle politique, assujettie aux fantasmes surannés de ce parfait anglophone qu’est M. Trichet (qui se vantait en arrivant à Francfort de n’être plus français).
La croissance est de toute façon un mythe dont le dynamisme a pour fatalité – bien réelle celle-là – de se ralentir, de s’immobiliser, puis de créer alors les conditions incontournables de ce qu’il est convenu d’appeler une récession. En se jetant à corps et âme perdus dans la « globalisation », les économies occidentales sont allées, de façon irresponsable, au-devant de leurs malheurs. Les États-Unis, en croyant pouvoir exploiter le monde entier à leur profit jusqu’à la saint-glinglin, et l’Union européenne en tournant le dos aux principes de base du Traité de Rome, qui étaient la préférence communautaire et les barrières extérieures communes, et non cette ridicule et mortelle idéologie de l’abolition des frontières.
Lors de l’émission Riposte de Serge Moati (3), on a pu entendre une journaliste très « politiquement correcte », Ghislaine Ottenheimer, nous dire que tout cela ne serait pas arrivé si… la pseudo-constitution de Giscard avait pu entrer en vigueur. Ce que démontre au contraire la crise, c’est que ce texte, non plus que le traité de Lisbonne, tel que nous l’a imposé Mme Merkel, sont totalement obsolètes. Pourtant, le président Sarkozy, qui ne semble pas toujours tirer les leçons des événements, prétend, semble-t-il, presser une fois de plus les Irlandais de se déjuger – ce qui est une curieuse conception de la démocratie « européenne », mais nous avons l’habitude. Les « critères de Maëstricht » se révèlent, eux aussi, obsolètes, victimes 
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