Recherche
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Politique
  • International

Retour de la diplomatie

Paul-Marie Coûteaux

Source : La Nef N°291 D'AVRIL 2017
Un coup d‘œil sur l’histoire suffit à mesurer une évidence que souvent les âges démocratiques cachent : la politique intérieure d’un pays est largement dominée par sa politique extérieure, et des événements mondiaux qui, dans l’ordre des causes et des conséquences, laissent loin derrière les questions que le « débat », parce qu’il donne droit aux préoccupations immédiates des électeurs, met bien trop souvent en avant, notamment les questions économiques et sociales : on se désole d’en voir l’illustration régulière lors des « grands rendez-vous » que la nation a avec elle-même à l’occasion de l’élection présidentielle. Cette fois, pourtant, sans qu’elle atteigne le niveau d’intérêt qu’elle connut en 1965 lors de la première élection du chef de l’État au suffrage universel, encore marquée par la guerre d’Algérie, puis les initiatives diplomatiques que son règlement permit, cette présidentielle est marquée par des débats qui excèdent le train-train intérieur : d’abord la montée des populismes aux États-Unis et en Europe, ensuite la question islamique, en ses deux volets que sont le djihad et le poids crucial d’un électorat « communautaire », enfin la question russe.

LA MONTÉE DES POPULISMES
Un premier sujet pourrait avoir une influence, la fameuse « montée des populismes » clamée après le Brexit, confirmée par les percées de plusieurs partis européens décrits comme « anti-émigrés », puis la victoire de Donald Trump : la France est censée suivre cette vague, montée en épingle aussi bien par ceux qu’elle effraie que par celle qui en profiterait, Marine le Pen.
D’innombrables études ont montré qu’une large partie (80 %) des musulmans ont voté pour François Hollande en 2012. S’il n’est point assuré que cela ait suffi pour assurer la victoire du socialiste (soutenu au second tour par toutes les gauches, le centre et les chiraquiens, dont Jacques Chirac lui-même), ce fait va cependant croissant depuis, pour des raisons démographiques d’abord, mais aussi d’actives campagnes menées dans les banlieues pour l’inscription des jeunes sur les listes électorales. Cet électorat fut sans doute décisif pour assurer la victoire aux primaires de M. Hamon, maire de Trappes où il expérimenta la co-gestion avec les autorités musulmanes locales, au point que les habitants des villes voisines nomment Trappes « l’émirat » ; il pourrait être aussi décisif dans le principal enjeu du 1er tour, le duel Fillon-Macron. Nul doute que cet électorat, quadrillé par les associations, jouera pleinement contre M. Fillon, qui se présente comme catholique et publia l’été dernier un livre audacieux, Vaincre le totalitarisme islamique (Albin Michel) dans lequel il écrit que la radicalisation de l’islam nous place face à un totalitarisme « comparable à ceux que l’on connut au siècle dernier ». En face, M. Macron mit le « paquet » en qualifiant, (lors d’un déplacement électoral à Alger, chose en elle-même étonnante) la colonisation française de « crime contre l’humanité » : il s’attacha ainsi non seulement le vote des Français originaires d’Algérie, mais aussi les millions d’électeurs originaires de pays colonisés par la France au cours de son histoire, attirés par la perspective d’indemnisation, car un « crime contre l’humanité » se monnaye fort cher et sur de longues années… Ruse politique certes fructueuse, mais inédite : même au temps du PCF, on ne vit jamais candidat attenter à ce point, depuis l’étranger, au crédit moral aussi bien que financier de son pays pour en percevoir de solides dividendes électoraux.

LA QUESTION RUSSE
Il est cependant probable que ce soit la question russe qui, de plus discrète façon, pèse le plus lourd. En mettant en cause les États-Unis dans la désindustrialisation de la France (interdits prononcés par des tribunaux états-uniens, procès contre des entreprises françaises, espionnage dont Thomson ne fut qu’un exemple parmi 
Page 1 sur 2 1 2 »