À la demande du pape, la Commission théologique internationale (CTI) a publié début mai un document sur la loi naturelle qui invite à remettre ce concept au centre de toute réflexion éthique. Analyse de ce texte important.
L’une des principales dérives des démocraties occidentales est le relativisme, tout particulièrement sur la question des valeurs et de la morale. Certains penseurs libéraux ont même théorisé la nécessité du relativisme qui serait consubstantiel au bon fonctionnement d’une société pluraliste et démocratique. Les citoyens ne pouvant se mettre d’accord sur un « bien » valable pour tous, celui-ci variant selon les personnes, la société ne doit poursuivre ni favoriser aucun « bien », mais se limiter à appliquer les règles de la justice ; elle n’est donc plus qu’un ensemble de règles procédurales qui permet à chacun de poursuivre ses propres fins, indépendamment de tout « bien commun » – notion contestée ou rejetée aux oubliettes. Ce relativisme alimente le subjectivisme qui fait de la personne le juge ultime de la morale, du bien et du mal.
Cette dérive préoccupait tout particulièrement Jean-Paul II, et Benoît XVI, depuis qu’il a été élu, n’a cessé d’y insister lui aussi. Dans Centesimus annus (1991) et Evangelium vitae (1995), Jean-Paul II n’avait pas hésité à écrire que cette dérive relativiste risquait de conduire nos démocraties vers un « totalitarisme caractérisé ». Or, le seul remède au relativisme est de persuader nos contemporains qu’il existe une base éthique objective qui peut être commune à tout homme de bonne volonté, quelles que soient sa religion et sa culture. Cette base, c’est la loi naturelle. C’est dans ce contexte qu’en 2004, la Commission théologique internationale, présidée par le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi – alors le cardinal Ratzinger –, a été chargée de rédiger un document sur la loi naturelle. Il a fallu trois années de travail pour que la sous-commission, formée à cette fin et présidée par le P. Serge-Thomas Bonino, dominicain de la Province de Toulouse et rédacteur en chef de la Revue Thomiste, publie son étude, approuvée par le cardinal Levada le 27 mars 2009. C’est ce texte qui est aujourd’hui proposé au public sous le titre A la recherche d’une éthique universelle. Nouveau regard sur la loi naturelle (1).
C’est un livre fort utile, car il y a urgence à mettre en lumière des « valeurs éthiques communes » (n. 1), on le voit bien en bioéthique, par exemple, où nos politiques sont incapables de trouver des critères moraux objectifs qui leur permettraient d’y voir plus clair pour légiférer dans le sens à la fois du bien de la personne et du bien commun. Aujourd’hui, en matière de valeurs, la seule référence universelle est la Déclaration des droits de l’homme de l’ONU (1948). C’est une première base pour avancer, mais elle est insuffisante. D’abord, certains pays contestent cette déclaration jugée trop occidentale, ensuite, « une certaine propension à multiplier les droits de l’homme davantage en fonction des désirs désordonnés de l’individu consumériste ou de revendications sectorielles que des exigences objectives du bien commun de l’humanité n’a pas peu contribué à les dévaluer. […] Surtout, une tendance se manifeste à réinterpréter les droits de l’homme en les séparant de la dimension éthique et rationnelle qui constitue leur fondement et leur fin, au profit d’un pur légalisme utilitariste » (n. 5). L’insuffisance des droits de l’homme et l’impuissance de l’« éthique de la discussion », chère à Habermas, pour sortir de l’impasse relativiste ne peuvent que pousser à une nouvelle présentation de la doctrine de la loi naturelle.
Le document romain en donne une première définition : la loi naturelle « affirme en substance que les personnes et les communautés humaines sont capables, à la lumière de la raison, de discerner les orientations fondamentales d’un agir moral conforme à la nature même du sujet humain et