Le gouvernement a présenté son projet de réforme des retraites à la mi-juin, avec sa mesure phare de recul de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans, accompagnée de nouveaux impôts « ciblés ». Face au déficit structurel des retraites (qui atteindrait 100 milliards d’euros en 2050 si l’on ne fait rien), une réforme était absolument nécessaire. Les mesures proposées sont néanmoins décevantes et ne s’attaquent nullement au fond du problème : le déficit démographique. Certes, le président Sarkozy a bien placé sa réforme sur ce terrain : « Face à un problème démographique, la réponse démographique relève du bon sens. Si on vit plus longtemps, on doit travailler plus », a-t-il expliqué. Cela est sans doute vrai, mais ce n’est qu’un aspect de la question et il est extraordinaire que ni lui ni personne parmi nos dirigeants n’ait eu le courage d’évoquer le point essentiel, bien plus important pour l’avenir, qui est l’insuffisance de notre natalité ! Selon les études, il y aurait 1,5 actif pour un retraité en 2020, ce chiffre tomberait à 1,2 en 2050. Si l’on n’agit pas de ce côté-là, les mêmes problèmes de déficit réapparaîtront tôt ou tard, mettant en cause le système de répartition.
On se heurte ici à un mur idéologique, véritable tabou qu’aucun des grands partis n’ose affronter. Car relancer la démographie passe nécessairement par l’encouragement de la famille stable, c’est-à-dire l’union d’un homme et d’une femme qui s’engagent à vie avec le désir d’avoir des enfants et de les élever : les familles nombreuses de plus de deux enfants n’existent quasiment que dans ce cadre-là. Or, l’idéologie dominante impose le dogme de l’égalité de tous les comportements de vie, de tous les types d’union. Outre que cela est faux du simple point de vue de la morale naturelle et donc pour le bien des personnes elles-mêmes – mais qui comprend encore un tel langage ? –, cela est gravement erroné également au regard du Bien commun dont l’État a la charge – peut-être ce second aspect peut-il être mieux compris pour nos contemporains ayant perdu tout repère moral ? En effet, tous les types d’union n’ont pas les mêmes conséquences sociales et ne se valent donc pas : un « couple » homosexuel est stérile et ne peut contribuer à la natalité. Certes, l’État n’a pas à pénétrer dans l’intimité des personnes, mais en tant que responsable du Bien commun, il a le devoir de promouvoir ce qui le favorise, en l’occurrence la famille stable, c’est-à-dire le mariage durable – ce qui suppose de ne pas faire du divorce une simple formalité vite expédiée.
Bien évidemment, les mentalités et les comportements ne vont pas changer d’un simple coup de baguette magique grâce à une politique défendant clairement la famille et le mariage, mais l’État n’a pas à être à la remorque des modes et se doit de montrer l’exemple. Au demeurant, les expériences étrangères confirment qu’une véritable politique familiale est aujourd’hui possible et a une incidence positive sur la démographie. C’est donc là qu’il faut agir avant toute chose : il n’y aurait pas que les retraites qui y gagneraient, mais également l’activité économique en général, sans parler des problèmes d’immigration, de violence des jeunes qui sont notamment liés au manque d’enfants et à l’éclatement des familles.
Aujourd’hui, les familles nombreuses qui contribuent le plus à la pérennité du système par répartition sont celles qui reçoivent le moins : plus une mère a eu d’enfants, plus sa retraite est faible ! Pourquoi ne pas imaginer un système de bonus lié au nombre d’enfants élevés ?
Et pourquoi ne pas s’inspirer des expériences étrangères riches de promesse comme le système public suédois qui fonctionne selon un système de points (1) ? Il a le mérite de sauvegarder le principe de la répartition, plus juste et qui maintient une solidarité entre générations, tout en étant moins dirigiste en laissant une certaine