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Réveiller notre foi

Jacques de Guillebon


Source : La Nef n°213 de mars 2010
Et si l’on repensait une bonne fois pour toutes ce système économique et politique qui aujourd’hui nous écrase ? Et si l’on avait, une seule fois, le courage d’avoir de l’ardeur, la patience d’avoir de la force, l’intelligence d’avoir des idées, le culot d’exploiter celles qui sont déjà là, sous notre nez, l’envie de satisfaire nos désirs de justice ? Certainement, puisque nous sommes chrétiens ou voulons l’être, les raisons ne nous manquent pas d’espérer. La raison même, la raison ultime qui est notre foi nous commande l’espérance, pourvu que la grâce nous l’ait confiée. Cette espérance qui étonne le Dieu de Péguy, cette espérance des vers ridicules qui tournent leur face aveugle vers un soleil que, ne voyant pas, ils savent pourtant capable de les sauver et de les élever, elle ne peut pas nous manquer.

Mais la catéchèse élaborée par les papes depuis plus de cent ans, et même depuis Pie IX dont le si décrié Syllabus avait mis le doigt déjà sur la rouille qui commençait de flétrir, et avec quelle force ! les rapports économiques de la société industrielle, le libéralisme, cette catéchèse remise cent fois sur l’ouvrage, réadaptée aux nouvelles menaces sans que les anciennes en soient oubliées, extraordinaire bréviaire pour la vie profane, cette doctrine sociale donc ne peut pas plus longtemps rester lettre morte dans nos cœurs. Sinon, elle les pétrifiera, et nous deviendrons ces vieillards pharisiens allant répéter, non pas même sur les places publiques puisqu’elles aussi ont disparu mais sur des blogs, dans des dîners ou sur des pages de journaux, leurs théories sur l’utopie chrétienne. Alors que le travail commence maintenant.

Certainement, nous autres qui sommes chrétiens ou tentons de le devenir ou encore de le rester malgré tout, les faits ne manquent pas pour prouver que nous manifestons de la charité à l’égard de notre prochain. Certainement, nous n’avons pas au cœur la moindre envie de faire du mal à une mouche. Pourtant, il se trouve que malgré nous peut-être mais sans doute dans un insondable dessein du ciel, nous sommes maintenant plus responsables que jamais de ce qu’il advient à nos frères humains du globe entier. Il se trouve que ce qui était déjà une communion des saints au niveau surnaturel prend la chair et le visage de milliards d’humains contemporains et que, la crise l’a révélé violemment à nos yeux qui ne voulaient pas voir, la fameuse théorie du battement d’aile du papillon nous est tombée dessus.

Quelques milliers de prêts immobiliers mal garantis en Californie et le système économique mondial vacille. Que sa forme actuelle s’écroule, nous ne demandons pas mieux. En fait si, nous demandons mieux : qu’une véritable économie humaine se mette en place et empêche l’immensité des dégâts de cet effondrement d’écraser définitivement les pauvres. L’Église est aux avant-postes et de la contestation du système actuel et des propositions de remplacement, depuis plusieurs décennies. Il y aurait d’ailleurs une étude à faire sur les racines chrétiennes de l’altermondialisme. Un altermondialisme qui, s’il est critiquable sous certains aspects, pour la bonne raison qu’il n’est pas unifié et que les délires y côtoient les idées sages comme l’ivraie le bon grain dans la parabole, demeure pourtant une mine de propositions justes. Relocalisation, sobriété, distributisme, commerce équitable, les alternatives au diabolique néo-libéralisme sont innombrables. Le blé est mûr et il est temps de moissonner. Cela ne se fera pas sans nous.
Il est malheureusement remarquable que la France se distingue par son incapacité à unir en un mouvement commun les forces de la résistance qui s’y agitent. Alors que s’il est une évidence qui devrait s’imposer, c’est que la critique de la technique, les mouvements paysans du sud, l’apologie de la culture de vie et l’éloge de la simplicité volontaire sont autant de combats qui convergent vers une même considération de la justice où l’homme 
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