Ami de longue date de La Nef dont il est chroniqueur, Paul-Marie Coûteaux consacre, en intellectuel engagé mais demeuré toujours libre à l’égard des partis, son énergie à la défense de la souveraineté française. À quelques semaines des élections européennes, il évoque pour nous les enjeux de fond de la construction européenne.
La Nef – Vous avez annoncé le 10 mars dernier « récuser la bannière de Libertas », le parti paneuropéen de Declan Ganley, leader du Non en Irlande : ce faisant, ne contribuez-vous pas à la division des forces politiques opposées au fédéralisme européen ?
Paul-Marie Coûteaux – M. Ganley n’était pas le seul « leader du Non » en Irlande ; il s’est surtout singularisé par un important investissement financier, qui lui valut beaucoup de presse, et par son insistance à demander l’entrée de l’Irlande (qui n’est d’ailleurs pas son pays natal) dans l’Otan, alors qu’un des arguments des « nonistes » portait justement sur le maintien de la neutralité irlandaise… Mais l’essentiel est ailleurs : en prétendant qu’il faut « réussir l’Union Européenne », et pour cela la rendre démocratique, par exemple par l’institution d’un président de l’Europe élu au suffrage universel, en affirmant que « l’euroscepticisme est mort », et qu’il faut une « Constitution pour l’Europe » (phrases qu’on lui voit prononcer sur « Youtube », clip « sur libertas »), M. Ganley contredit à angle droit le discours sur la souveraineté nationale que nous avons tenu depuis nos premiers combats – depuis Maestricht. Or, si nous troublons notre discours à ce point, nous ne serons plus jamais audibles.
Je ne peux donc accepter le pilotage de la campagne par Libertas eu., organisme paneuropéen installé à Bruxelles, dans lequel je reste stupéfait que le MPF se soit comme fondu lors de ces élections européennes. Tout cela est incompréhensible, pour nos militants comme pour nos électeurs. La plupart des membres de mon groupe Indépendance et Démocratie, dont je suis vice-président, ont récusé l’association avec Libertas, notamment pour ne pas encourir le soupçon de financement extérieur, sans nul doute fantasmatique – même s‘il est vrai que mes collègues suédois se sont vu offrir par M. Ganley 900 000 euros pour accepter son fameux label. Mon objection, pour ma part, tient au souci de cohérence, indispensable dans notre long combat, en somme à la continuité de notre discours contre la supranationalité. Je ne peux accepter de voir pulvériser tout le travail intellectuel réalisé depuis Maestricht, notamment avec mes amis du journal L’Indépendance, le mensuel et les Cahiers, autour de la question de la souveraineté nationale : telle est la clef de voûte de la politique de la France depuis des siècles, et tout en découle. Je ne suis pas par nature hostile aux compromis : toute politique en est fait
Ceux qui reprochent à ma candidature de diviser les opposants au fédéralisme me conseillent en somme de contempler depuis ma fenêtre le délabrement de la famille souverainiste. D’abord, je ne vois pas pourquoi je renoncerais à un combat qui est toute ma vie. En second lieu, si les opposants à la supranationalité sont si divisés, c’est d’abord parce qu’ils ne savent pas toujours distinguer l’essentiel, savoir la défense de la souveraineté, de l’accessoire, une foule de questions adjacentes qui nous divisent sans fin. J’ai pourtant montré, avec mes amis du Rassemblement pour Indépendance de la France (RIF), qui rassemble des Français de sensibilités très diverses, que des convergences existaient sur l’essentiel : la souveraineté. Tenons-nous à ce point cardinal et nous serons unis. « Tout ce qui élève unit », disait Péguy. J’ai toujours eu à cœur de rapprocher les uns et les autres, chacun ayant à mon avis sa place dans le rassemblement national qui sera tôt ou tard nécessaire. Certes, j’ai moins d’argent que les autres – mais je bénéficie déjà de soutiens venus de mouvements