seul prix Nobel d’économie, si peu écouté, et pourtant plus actuel que jamais…
La crise peut-elle notamment permettre une véritable réappropriation du politique ?
Oui ! Il y a une chance pour qu’elle fasse sortir la politique de l’incroyable futilité dans laquelle elle baigne depuis des années. Il faut revenir à la gravité attachée par nature aux affaires publiques, se rappeler (on l’a tant oublié !) que des choix politiques, ou de l’absence de choix, de la volonté ou de l’absence de volonté politique dépend la vie quotidienne de millions d’hommes ; on l’oublie quand tout paraît aller bien – et que l’on ne quitte pas le centre de Paris. Quand une crise survient, quand tout le monde sent qu’une crise qui n’est plus maîtrisée par aucune politique pourrait se prolonger et dégénérer en décadence pure et simple, alors le sérieux peut retrouver quelque chance.
J’entends insister là-dessus : ma campagne entendra d’abord illustrer un état d’esprit – j’hésite à dire une morale, mais c’est bien de cela qu’il s’agit quand, de toutes parts, la politique n’apparaît plus du tout sérieuse. Aujourd’hui, c’est pitié de voir à l’œuvre les prétendus « responsables politiques » : on « monte des coups », on téléphone des heures pour « décrocher une télé », ou un « bon papier » (où, d’ailleurs, on livrera des messages différents selon le lectorat ou l’audience minutieusement étudiés), on n’écoute personne sinon son attachée de presse (j’ai vu cela à un point caricatural), on déjeune, on dîne, on « fait des fêtes », on voyage, on s’étourdit, et l’on oublie complètement les notions clefs de l’œuvre politique, le Bien commun, et le Service politique. J’oublie de mentionner, alors qu’il est énorme, le souci de l’argent : les partis sont devenus d’immenses machines qu’il faut sans cesse alimenter pour s’offrir des gadgets médiatiques, des « universités d’été », des permanents en tous genres – bien rares, les bénévoles !
Finalement on vit dans la frivolité, une sorte de mondanité où la politique n’est plus qu’un prétexte, et s’il n’y a plus de politique, c’est-à-dire plus de responsabilité politique, on atteint l’idéal – la pauvre « Europe » sert d’ailleurs de noble couverture au pilotage automatique des affaires publiques… Mieux, ou pire, l’Europe est un excellent prétexte pour se débarrasser du peuple, qui finit par passer pour « archaïque » – comme ils disent. Le peuple est nié au point que, s’il refuse une Constitution qui le cloue littéralement au tapis, on se mord les doigts de l’avoir consulté (« la bêtise, c’était de faire un référendum », l’a-t-on assez entendu !), et, l’année suivante, on ressort un « mini-traité » en tout point semblable, mais sur lequel il n’y a plus rien à dire. Le mépris du peuple a atteint chez les tartuffes de la politique un degré inouï ! L’abstention électorale est une manière de renvoyer ce mépris ; elle atteint des abysses : dans une commune de la région parisienne, un maire vient d’être élu avec une courte majorité de voix qui, par rapport aux inscrits de sa ville, ne représentait pas 10 %. Si j’ai rompu sur Libertas, c’est aussi parce qu’il faut que l’incohérence intellectuelle, la technique des coups médiatiques, le mépris général du peuple (et celui de la base des partis), et la fuite dans « l’international » cessent enfin devant les urgences de la crise, qui exigent des réponses précises. Et tout montre depuis des mois que ces réponses ne peuvent venir que des États, non des superstructures de Francfort, Bruxelles ou Luxembourg – de cette Commission qui ne sort du mutisme que pour condamner les « plans de sauvetage », comme celui que la France a mis en place il y a quelques semaines pour la filière automobile, et qu’elle juge contraire au principe de libre concurrence… Plus personne n’en a cure d’ailleurs : les États reviennent, certes dans le désordre et l’improvisation, à leurs responsabilités minimales…
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