Décidément, le module Féminin/Masculin des nouveaux programmes de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) des 1ere ES et L n’en finit plus de faire parler de lui. Après le chapitre très controversé Devenir homme ou femme qui fait la part belle à la « théorie du genre », celui intitulé Prendre en charge sa vie sexuelle est sur le point de susciter une nouvelle polémique. En cause, un sujet blanc du baccalauréat où la propagande idéologique le dispute à la manipulation des faits scientifiques.
L’exercice noté sur 6 points demande explicitement au candidat de justifier que la pilule du lendemain n’est pas abortive. Le texte censé introduire la problématique est tiré d’un message laissé par une jeune fille sur un forum de discussion : « J’ai dû prendre la pilule du lendemain il y a quelques semaines et je n’arrive pas à m’en remettre. Pour moi, la prendre, ça veut tout simplement dire que si bébé il y a eu, je me suis fait avorter. » Deux documents « scientifiques » très orientés sont alors soumis au lycéen pour qu’il prouve que l’internaute n’a pas à se reprocher d’y avoir eu recours. Le premier est un extrait de la notice d’utilisation du Norlevo, nom commercial de la pilule du lendemain, qui précise que « la substance active est le lévonorgestrel […] qui ne fonctionne pas si vous êtes déjà enceinte ». Le second est un graphique qui montre l’absence de pic de sécrétion de l’hormone LH après prise de la contraception d’urgence.
L’exercice, en mêlant le faux et le vrai, est redoutable par la présentation tronquée qu’il implique du fonctionnement de la pilule du lendemain. Pour satisfaire à la consigne biaisée de la question rédactionnelle, l’élève est contraint de faire une réponse partiale s’il ne veut pas être sanctionné. En effet, sachant grâce à son cours de SVT que l’hormone LH déclenche l’ovulation, le candidat doit en déduire que la suppression de son pic par la pilule du lendemain bloque la libération de la cellule sexuelle par l’ovaire. Or, ce type d’action purement anticonceptionnel n’est observé que si la pilule du lendemain est prise avant l’ovulation comme le précise d’ailleurs la légende sur le schéma proposé (administration du lévonorgestrel 2 jours avant l’ovulation). Si l’ovulation vient d’avoir lieu ou si elle est sur le point de se produire, les spermatozoïdes ne mettant que 50 à 80 minutes pour rejoindre le lieu de la fécondation, le produit ne pourra déjouer la rencontre des gamètes féminin et masculin. C’est l’exemple typique de la jeune fille qui a une relation sexuelle un samedi soir et qui va chercher en pharmacie une boîte de Norlevo le lundi. Si l’ovulation a lieu entre-temps, rien n’empêche que se produise la conception d’un embryon. Dans ce cas, la pilule du lendemain met en œuvre un second mécanisme, dit interceptif ou antinidatoire, qui va contrer l’implantation de l’embryon. La paroi de l’utérus étant fortement altérée par le lévonorgestrel, le tout jeune embryon, en sortant de la trompe dans laquelle il a migré pendant environ une semaine, ne pourra en effet trouver un terrain propice pour s’y nicher et sera expulsé.
Selon sa définition classique, l’avortement est la destruction, quelle que soit la façon dont il est effectué, d’un être humain dans la phase initiale de son existence située entre la conception et la naissance. L’action antinidatoire de la pilule du lendemain n’est donc qu’un avortement précoce réalisé à travers des moyens chimiques. La jeune femme qui ingère la pilule du lendemain ne connaît pas le moment exact de son ovulation, elle ne saura donc jamais à quel moment du cycle elle se trouvait et si elle a détruit ou non l’embryon qu’elle portait. Elle devra ainsi vivre avec cette incertitude pesante comme le montre le témoignage douloureux de l’internaute sur le forum de discussion. Le candidat au baccalauréat n’ignorant pas les deux types d’action du Norlevo – sa fonction antinidatoire sur l’embryon conçu étant par ailleurs enseignée en