En annonçant en grande pompe la première naissance sur le sol français d’enfants conçus à partir d’ovocytes congelés, le professeur René Frydman a voulu faire sauter les derniers garde-fous de nos lois de bioéthique. Il a trouvé un allié de taille en la personne du député Jean Leonetti.
Théoriquement, le Code de la santé publique ne tolère la conservation des gamètes pour soi que « lorsqu’une prise en charge médicale est susceptible d’altérer la fertilité » (art. L. 2141-11). En proposant à plusieurs de ses patientes en bonne santé engagées dans une procédure classique d’assistance médicale à la procréation (AMP) de congeler leurs ovules au cas où serait épuisé leur stock d’embryons surnuméraires à réimplanter, le « père scientifique » du premier bébé éprouvette français a sciemment contourné la loi. « En sciences, on n’avance pas sans un peu d’audace […]. On ne peut subir éternellement le joug d’un principe de précaution exorbitant », a-t-il lâché à la journaliste du Nouvel Observateur qui lui demandait pourquoi il avait bravé la législation (1). Autrement dit, la science n’a pas à être entravée par la loi ou pire, la morale, les progrès escomptés justifiant de passer en force.
Que cache en réalité cette intense offensive du lobby des procréations artificielles ? S’il a utilisé dans ce cas la congélation lente, René Frydman, soutenu par l’ensemble des praticiens de l’AMP, somme le gouvernement d’autoriser immédiatement la vitrification des ovocytes, une méthode de refroidissement ultra-rapide jugée beaucoup plus performante. Jusqu’à présent, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a rejeté toutes les demandes d’autorisation déposées par les équipes françaises. Une décision conforme à la législation puisque cette nouvelle technique implique une expérimentation indirecte sur l’embryon humain, laquelle est strictement interdite.
Se faisant l’avocat des spécialistes de la médecine de la reproduction, Jean Leonetti, le « monsieur bioéthique » de l’Assemblée Nationale, s’est empressé d’approuver la transgression de Frydman, déclarant qu’il fallait maintenant « offrir aux chercheurs une liberté maximale pour leur permettre d’améliorer les conditions de fécondation, ce qui ne peut se faire qu’en maniant l’embryon » (2). Le rapporteur de la mission d’information parlementaire sur la révision des lois de bioéthique, se départissant du langage consensuel auquel il nous avait habitués, demande « d’en finir avec l’obscurantisme ». Argument imparable pour fermer par avance la bouche d’éventuels contradicteurs.
Car en préconisant d’autoriser toutes les expériences visant à perfectionner les processus de vitrification, fécondation in vitro et développement embryonnaire en culture, le député UMP ouvre de manière inédite la possibilité de créer des embryons pour la recherche, et ce même si les scientifiques ne mesurent pas encore tous les dangers inhérents à ces nouvelles techniques. Sans recul, l’innocuité sur la santé humaine ne pourra en effet être vérifiée qu’après coup. « En médecine, le risque zéro n’existe jamais », se contente-t-il de répondre à l’objection. Oubliant que les personnes en question auront été l’objet d’expériences sans avoir pu préalablement donner leur consentement éclairé. Il s’agit ni plus ni moins d’une violation directe d’un principe intangible issu du Code de Nuremberg de 1947, lui-même inscrit dans toutes les grandes déclarations médicales internationales.
L’autre explication de ce « coup de force médical » est la volonté des scientifiques de détourner la technique de vitrification pour pallier la pénurie chronique de la filière du don d’ovocytes en plein développement. Comment cela ? En créant des banques publiques d’ovules surnuméraires à l’instar des banques d’embryons ou de sperme congelé. En effet, si l’on conserve les cellules reproductrices féminines au détour de n’importe quel parcours de fécondation in vitro, il sera