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Rien de résiste à l'appel de Dieu

Dom Louis-Marie

Source : La Nef N°293 de juin 2017
Dom Louis-Marie, Père Abbé du Barroux, nous parle de son abbaye, des vocations, nous offre le regard d’un moine sur l’Église
et un monde qui perd toute mesure.



La Nef – Pourriez-vous d’abord nous dire un mot de la situation de votre abbaye et de votre fondation de La Garde ?
TRP& 8200;Dom Louis-Marie – Notre abbaye, fondée en 1970 par Dom Gérard, compte désormais 52 moines profès et deux postulants. Sainte-Marie de la Garde, fondée en 2002, compte 14 moines profès et deux postulants qui prendront le saint habit le 24 juin prochain avant l'office de complies. L'âge moyen est à peu près de 50 ans. Nous consacrons nos journées au Seigneur par la prière liturgique dès la nuit, par le travail (agriculture, maraîchage, moulin à huile, boulangerie et pâtisserie, vie de la maison, magasin et vente par correspondance) et par un apostolat monastique qui comporte confessions, prédications, aumônerie de scouts, des chapitres Sainte-Madeleine, Saint-Lazare et autres. Nous avons aussi en charge la direction et l'aumônerie de l'Institution Saint-Louis, collège d'environ 80 garçons. Enfin nous assurons le ministère monastique habituel auprès des personnes qui font chez nous un séjour à l'hôtellerie. Je suis très heureux de voir que Sainte-Marie de la Garde offre à un certain nombre de prêtres la possibilité de se reposer en profitant de la sainte liturgie.

Avez-vous toujours de nouvelles vocations régulièrement ? Leur profil a-t-il changé au fil du temps ? Et comment analysez-vous ce que l’on nomme la « crise des vocations » ?
Oui, nous avons régulièrement des vocations. Le Seigneur appelle toujours des âmes à la vie consacrée, à une vie cachée en Dieu, ne cherchant que son bon plaisir dans le cloître, à la vie de prière dans la liturgie solennelle. Le profil des candidats change, certainement, mais pas la nature humaine qui est faite pour Dieu. Les jeunes ont soif d'identité et d'une certaine sécurité que ne donne pas le monde actuel en perpétuel changement. Il me semble très important de pouvoir donner un accompagnement personnalisé à nos jeunes en formation afin qu'ils puissent s'enraciner humainement. La crise des vocations a des causes très variées qui se ramènent à un tronc commun : le déracinement. D'où une conception diffuse de la liberté, qui se définit comme la possibilité de changer, une certaine immaturité des tempéraments due aux innombrables et permanentes gratifications de la technologie, une structure mentale abîmée par les mauvaises méthodes d'apprentissage, une image très sécularisée et même salie du sacerdoce. Mais tout cela ne résiste pas à l'appel de Dieu. Preuve en est que les communautés qui gardent le sens du sacré continuent de recruter.

L’abbaye produit maintenant un vin de qualité et aide les producteurs locaux en ce sens : pourriez-vous nous en dire un mot ?
Depuis quelques années, les frères essayent de donner le meilleur de la vigne et du terroir. Les Côtes du Ventoux peuvent produire un vin excellent si les vignerons s'en donnent la peine. Le pays a une histoire riche en lien avec la papauté et d'excellentes conditions climatiques. Notre frère responsable a développé les vignobles de terrasse, qui donnent un vin plus racé. Nous avons donc planté l'année dernière presque 10 000 pieds dans quatre terrasses au-dessus de l'abbaye des moniales avec qui nous travaillons fraternellement. L'effort persévérant de nos frères vignerons depuis une dizaine d'années pour une production de qualité a été récompensé puisque quelques cuvées ont gagné des médailles au Salon de l'Agriculture. À l'initiative du frère Odon et de vignerons de la région, nous avons créé une cuvée spéciale de grande qualité baptisée Caritas. Son nom est révélateur de l'esprit d'entraide qui existe entre vignerons et moines.
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