« Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 31-46). Dimanche dernier, ces mots de l’Évangile ont résonné d’une manière toute particulière à mon oreille. Quelques jours plus tôt, j’avais rencontré Romain Allain-Dupré, fondateur des Semeurs d’Espérance. Dans notre discussion, il avait insisté sur l’importance de la compassion et de l’écoute du pauvre, du plus petit. Il m’avait expliqué en quoi l’amour du démuni pouvait nous réconcilier avec ce que nous sommes, des êtres créés à l’image de Dieu.
« Être pauvre n’est pas tant ne rien avoir qu’être à la porte de soi-même. » Ce postulat a été le point de départ de son œuvre. La vie doit être ordonnée à quelque chose de plus grand que soi, sans quoi le cœur s’enfonce dans les profondeurs de sa solitude. « Le pauvre se cache dans ces vies orphelines de sens et de finalité », constate-t-il. C’est ce qui l’a poussé très tôt à faire de l’adoration du Saint-Sacrement le point d’orgue de son emploi du temps. Dès 1998, avec un agenda surchargé, il consacre déjà une nuit par semaine à l’adoration, au Sacré-Cœur de Montmartre. Si l’adoration est le premier des commandements, c’est qu’il permet d’ordonner tous les autres. Cette rencontre hebdomadaire avec le Seigneur lui donne alors le vrai sens de son existence : « Se fondre dans le mystère eucharistique, c’est accepter la logique de la Croix et du service de l’autre », confie-t-il.
Un soir au cours d’une confession, un prêtre lui demande : « Que faites-vous pour les pauvres ? » Cette question le toucha d’autant plus que cette « pauvreté », ce manque de « sens », exprimait sa détresse dans les cœurs de quelques personnes de son entourage. Romain Allain-Dupré invita alors étudiants et jeunes professionnels à partir contempler Jésus dans le Saint Sacrement, la nuit, pour ensuite mieux le reconnaître chez le « petit », « l’insignifiant », celui qui n’est plus regardé. Ainsi depuis maintenant dix ans, ces Semeurs d’espérance consacrent un soir de leur semaine aux personnes sans domicile fixe. Présents dans les gares, ils s’installent autour d’un café, discutent, écoutent, se livrent et invitent leurs amis marginaux, après s’être apprivoisés, à participer à leurs temps de prière. Ces rendez-vous spirituels sont indispensables, ils sont à la fois la condition et le prolongement de leur démarche : « Se reconnaître pauvre devant Dieu est une attitude préalable à une démarche chrétienne auprès des plus démunis », insiste le fondateur de l’association. « La Foi est une grâce qui se nourrit de la prière et que l’intelligence façonne », explique-t-il également. Pour cette raison, une fois par mois, avant la nuit d’adoration que les semeurs d’espérance organisent maintenant à l’église Saint-Séverin (Paris Ve), Romain invite dans le cadre d’une conférence un théologien, un homme d’affaire, un artiste, un philosophe, un haut fonctionnaire, un missionnaire, un journaliste… à venir leur dire : « Osez la vérité. Voici notre expérience et notre espérance. »
Aujourd’hui, Romain Allain-Dupré a 35 ans. Après avoir travaillé pour une multinationale américaine, il évolue au sein d’un cabinet de conseil en stratégie. Depuis la création des Semeurs d’Espérance, quelques personnes sans-abris ont demandé le baptême et certaines même la confirmation. D’autres ont retrouvé un emploi et se sont engagées aux côtés des Semeurs. « Face à la souffrance, on peut être tenté par la passivité, il nous est proposé l’engagement. On peut être tenté par l’enfermement, il nous est proposé le don par amour », lance le jeune homme. Ainsi ces Semeurs d’Espérance répondent-ils à l’appel de l’Évangile, pour qu’un jour, en son paradis, le Roi les appelle : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde ».
Pour tout renseignement : www.semeurs.org ou 06