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Saint Jean Damascène et l’islam

Source :La Nef n°191 de mars 2008
Quand Yahya Mansour Ibn Sarjun, le futur saint Jean Damascène, naît… à Damas vers l’an 695, il y a moins de soixante-dix ans que Mahomet est mort et que la Syrie est conquise. Il appartient à une famille chrétienne de grands commis de l’État, passés sans difficulté du service des empereurs byzantins à celui des califes musulmans. Son grand père Mansour, puis son père Serge ont été avant lui les Grands Collecteurs de Constantinople, puis des Omeyyades et des Abbassides. Ils vivent dans l’intimité des souverains musulmans et ont donc une connaissance profonde et pratique de la religion des vainqueurs. Mais quand les hauts fonctionnaires sont contraints à la conversion, Jean reste fidèle, vend tous ses biens, affranchit ses esclaves et se retire à Jérusalem puis au monastère saint Saba où il finira sa vie.
Outre ses sermons limpides sur la Défense des Icônes, en pleine crise iconoclaste, et son traité aussi clair que synthétique De la Foi Orthodoxe (1), qui font de lui à la fois le « sceau des Pères grecs » et le précurseur de la scholastique, Jean est l’auteur d’une Controverse entre un musulman et un chrétien (2) qui reflète bien, dès l’origine, le quiproquo inhérent à tout dialogue. Mais surtout, à la fin de son traité sur les hérésies, il développe longuement la « centième hérésie », la religion des Ismaéliens ou Agaréniens (descendants d’Agar, la servante d’Abraham, et de son fils Ismaël).
En classant d’emblée l’islam comme hérésie, et non comme autre religion, saint Jean de Damas met le doigt sur l’ambiguïté de la rencontre avec l’islam.

Les erreurs du Coran

Parlant arabe, priant vraisemblablement en araméen et écrivant en grec, le Damascène avait tous les atouts linguistiques, culturels, émotionnels et rationnels pour exposer et décortiquer l’islam alors dans ses commencements.
Pour les chrétiens, pas de doute. Dans tous les textes concernant l’Ancien ou le Nouveau Testament, le Coran n’est qu’inexactitudes, erreurs, confusions. Citons simplement pour mémoire la confusion entre Marie et Myriam, sœur d’Aaron, le sacrifice d’Ismaël, le « prophète Noé », la prosternation des anges devant Adam, etc. Et, concernant le Nouveau Testament, rappelons que, pour le Coran, le prophète Jésus, Parole de Dieu, a bien été « jeté » dans le sein de la Vierge Marie, mais il a été créé, non pas engendré, il n’a pas été crucifié, mais seulement son apparence, donc, pas de Résurrection. Et Dieu ne peut avoir d’Associé, et encore moins un fils. Par ailleurs la « trinité des chrétiens » semble être Dieu, Marie et Jésus ! Enfin, la plupart des anecdotes édifiantes comme celle de l’enfant Jésus animant de son souffle des oiseaux d’argile, viennent tout droit des apocryphes. Bref, un mélange de toutes les hérésies et de toutes les traditions populaires qui existaient dans l’Arabie du viie siècle !
Pour les Musulmans, aucun doute. Le Coran est la Parole incréée d’Allah. Il ne peut donc faire l’objet ni d’exégèse, ni de la moindre question. Il est appris par cœur dès l’enfance et récité toute la vie. Or il est formel, les Juifs et les chrétiens ont falsifié leurs Écritures. Les Juifs ont lapidé leurs prophètes et n’ont pas reconnu les deux derniers, Jésus et Mahomet. Les chrétiens ont fait de Jésus le fils d’Allah alors que le Coran dit : « je suis le fils de Marie, le serviteur d’Allah…Ne dites point Trois,… Allah n’est qu’une Divinité Unique. »

Témoigner

Voilà ce qu’on appelle un vrai dialogue de sourds, sans aucune issue. Dans sa Controverse entre un musulman et un chrétien, saint Jean Damascène s’efforce cependant de rentrer dans la discussion. Mais cette controverse a pour mission d’armer les chrétiens de son temps sous domination musulmane, et de leur donner des arguments élémentaires de réponse à l’apologie de l’Islam. N’oublions pas en effet que si le premier Islam a été assez tolérant en Orient, c’est parce qu’il s’est heurté à des chrétientés beaucoup mieux 
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