Recherche
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Grands entretiens

saint-Wandrille : chercheurs de Dieu

Jean-Charles Nault

Source : La Nef N°290 Mars 2017
L’abbaye Saint-Wandrille, en Normandie, s’engage dans d’importants travaux qui appellent un soutien des chrétiens, au moment même où elle lance la première bière d’abbaye de France : son Père Abbé, le TRP Dom Jean-Charles Nault, nous a reçus pour nous parler de ces projets.


La Nef – Un mot d’abord sur ce qui est un petit événement : vous êtes la première abbaye française à produire une bière monastique entièrement artisanale. Comment vous êtes-vous lancés dans cette aventure ?
TRP& 8200;Jean-Charles Nault – La fin de l’année 2014 correspondait à l’arrêt de deux activités économiques à l’abbaye : une activité de reprographie/micrographie et la commercialisation de produits d’entretien, en particulier la célèbre cire de Saint-Wandrille. Pour différentes raisons, la ressource économique initialement prévue pour remplacer ces deux activités n’a pu être mise en place. Il nous fallait trouver d’urgence une nouvelle activité. À la fin du mois d’août 2014, j’ai donc réuni les frères pour en discuter. Très vite, est apparu le souhait de la communauté de reprendre une activité artisanale qui permettrait de vendre, dans notre boutique, un produit de qualité. En effet, les nombreux visiteurs de l’abbaye veulent toujours acheter ce que fabriquent les moines ! Un des frères – décédé depuis, suite à une leucémie foudroyante – a proposé de fabriquer de la bière. S’il n’y a pas eu d’enthousiasme sur le moment, plusieurs rencontres providentielles nous ont amenés à reconnaître que cette idée était la bonne et qu’un tel projet était béni du Seigneur.

Il y a tout un savoir-faire pour fabriquer une bonne bière : comment l’avez-vous acquis si rapidement et comment voyez-vous l’avenir de cette production ?
Tout d’abord, j’ai envoyé deux frères (un plus âgé et un plus jeune) se former à Douai. Durant plus d’un an, avec deux autres frères, ils ont élaboré – grâce à un matériel rudimentaire d’une capacité de 20 litres – une recette originale de bière française et monastique. En parallèle, une petite équipe a travaillé sur le choix de la bouteille et la conception de l’étiquette. Une troisième équipe, enfin, s’est penchée sur les aspects économiques et financiers. Début 2016, les travaux d’aménagement des locaux du XIVe siècle ont démarré. En mai est arrivé le matériel, qui a permis de commencer à brasser début juin. Début août, les premiers brassins ont pu être disponibles à la vente, sans publicité. Mi-novembre, des biérologues ont donné un avis très favorable à notre bière, ce qui nous a permis d’inaugurer officiellement notre brasserie le 1er décembre. Le succès a été immédiat et les ventes augmentent très rapidement. Un des défis auxquels nous serons très vite confrontés sera de résister à l’augmentation de la production, afin de ne pas perdre la primauté de notre vie monastique !

Question très pratique : où peut-on acheter votre bière ?
Actuellement, notre bière est disponible dans notre boutique, bien sûr. On peut également la commander sur internet, avec une livraison à domicile. Pour le moment, on la trouve également dans les boutiques d’autres monastères et à l’Artisanat monastique. Mais la demande croissante de vente sur place nous oblige déjà à limiter les ventes extérieures.

Votre vocation n’est pas seulement ni principalement la bière : quelle est-elle précisément ?
z une vie marquée par la prière liturgique et personnelle, par le travail et la vie fraternelle, le moine cherche Dieu qui, Le premier, l’a aimé et l’invite à ne rien préférer à son Amour. Sept fois par jour, le moine arrête tout pour se rendre à l’église et chanter les louanges de Dieu. Par son travail, il permet au monastère de subvenir à ses besoins tout en étant solidaire des autres hommes, ses frères. Par la vie 
Page 1 sur 3 1 2 3 »