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Sens chrétien de la souveraineté

Chronique internationale

Paul-Marie Coûteaux


Source : La Nef n°195 de juillet-août 2008
sont loin d’en percevoir la portée, et ceux qui le refusent l’admettraient sans peine si seulement ils y réfléchissaient…

Une autre Europe est possible


M. Kouchner a lâché le fin mot en déclarant, à quelques jours du référendum « qu’il restait confiant parce que les Irlandais savent ce qu’ils doivent à l’Europe ». La phrase de M. Kouchner suppose accompli le type de l’homme nouveau de la gouvernance européenne, ce producteur ou consommateur uniquement préoccupé d’efficacité, maximisant en toutes choses son gain et sa jouissance, et détaché de toute aspiration extra-matérielle : homme horizontal, toqué en tout d’égalité, amateur d’espace, de voyages et « d’international », mais négateur obsessionnel du temps et de l’Histoire, dont on voit partout des exemples qu’on croirait accomplis si le malaise contemporain ne venait rappeler que l’homme est d’abord un être vertical… On ne reconnaît d’autorité qu’à celui qui élève, c’est-à-dire demande (des efforts, voire « du sang et des larmes » pour un gouvernement, de l’attention et de la concentration pour un professeur, de la discipline pour un père, etc.) ; la chaîne de la souveraineté, qui est une verticalité pure, étant aujourd’hui complètement désarticulée depuis son sommet, les hommes sont tristement renvoyés à leurs pauvres jouissances sans entraves, vie horizontale qui n’est qu’un un soleil noir, comme le prouve l’insatisfaction générale – et cette générale désespérance suffit à nous remplir d’espérance…
Bien que la belle idée d’Europe soit abîmée, l’Europe raisonnable demeure encore possible. Elle doit se fonder sur sa substance, les nations et leur souveraineté, pour organiser leur coopération sur des nouvelles bases : lesquelles ? Comme nous l’avons demandé plusieurs fois (c’est notre plan B depuis longtemps, que les médias refusent de prendre en compte), il faut supprimer la Commission et la Cour de Luxembourg, et placer le Conseil Européen et le Parlement de Strasbourg (lequel est à réunir à terme avec le Conseil de l’Europe) au service d’un ensemble de coopérations entre États, en privilégiant cinq domaines d’action : une politique démographique, une politique de la recherche et des industries « de pointe », une politique commerciale (en réhabilitant en tout domaine la préférence communautaire), assorties d’un pacte de défense véritablement européen, c’est-à-dire délivré de l’OTAN, ainsi qu’une surveillance accrue des frontières, si mal assurée aujourd’hui. Cette autre Europe est parfaitement possible. La France doit la proposer aux peuples, qui d’ailleurs n’en veulent aucune autre.  
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