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Sortir du nucléaire ?

Editorial

Source :La Nef n°225 d'avril 2011
Difficile de ne pas évoquer dans ce numéro la catastrophe historique qui a touché le Japon le 11 mars. Images apocalyptiques de fin du monde et, plus encore, peur d’une tragédie nucléaire face à laquelle, malgré tous nos moyens, nous sommes bien impuissants. Nous qui aimons tout maîtriser, on se retrouve petits et faibles face au déchaînement des éléments, non seulement de la nature, mais aussi de nos propres constructions humaines qui finissent par nous dépasser.

Comment ne pas rendre hommage, comme l’a fait Benoît XVI, au « courage », mais aussi à la discipline et à l’abnégation du peuple japonais qui montre, en ces terribles jours d’épreuve, qu’il n’a rien perdu de ses qualités millénaires ? Comme l’ont demandé les évêques japonais, on ne peut que répondre ardemment au mouvement de prière des chrétiens du monde entier pour ce pays traumatisé.

Évidemment, après le séisme et ses conséquences sur la centrale de Fukushima, fort légitimement, chacun s’interroge sur le nucléaire et se demande si l’on peut se passer de cette source d’énergie ?

Si la question se pose à propos du nucléaire – et non pas après un accident majeur dans une centrale « classique », hydro-électrique ou thermique –, c’est en raison de la peur naturelle qu’il suscite : nucléaire rime avec bombe de destruction massive et, plus encore, toute contamination radio-active a des conséquences effroyables sur des durées inconcevables à vue humaine et sur des zones qui peuvent être potentiellement fort étendues. Selon les doses reçues, les personnes exposées contractent plus ou moins rapidement (parfois après plusieurs années) un cancer (leucémies, tumeurs de la thyroïde, des poumons) souvent mortel ou d’autres problèmes de santé moins graves. Ajoutons que l’énergie nucléaire engendre des déchets radio-actifs que l’on ne sait toujours pas recycler (on les enterre actuellement à grande profondeur).

Mais la question se pose aussi pour une autre raison : le sentiment que l’on ne nous dit pas la vérité. Les partisans du nucléaire affirment qu’il est quasiment sans risques, que la catastrophe de Tchernobyl n’a été possible qu’en raison de l’impéritie de la bureaucratie soviétique. Et voilà qu’un autre accident majeur survient dans un pays de haute technologie, habitué aux séismes et dont on nous disait que les centrales avaient été conçues pour y résister ! Seulement, pour des raisons économiques, les concepteurs de la centrale de Fukushima n’avaient pas pris en compte l’hypothèse d’un tel tremblement de terre et d’un tel raz-de-marée : elle était censée résister à un séisme de magnitude 7 sur l’échelle de Richter – au prétexte qu’on n’avait jamais vu pire au Japon – quand celui du 11 mars a atteint 8,9 ! Certes, tout le monde n’est pas ingénieur, mais peut-être pourrait-on cesser de prendre les gens pour des imbéciles et leur dire tout simplement la vérité, leur expliquer la réalité des choses… avant même de prendre des décisions aussi stratégiques que de se lancer dans le choix du « tout nucléaire » – comme si cela ne dépendait que des « experts ».

Les Verts profitent de l’inquiétude suscitée par Fukushima pour demander un référendum sur le nucléaire : l’exiger à chaud alors que nous sommes encore tous sous le choc est parfaitement démagogique. En revanche, le principe à moyen terme d’un référendum sur cette question, sans précipitation, après une véritable réflexion et une juste information, qui intègrent notamment les alternatives possibles, me semble plus que légitime et même naturel en démocratie.

Il n’est en effet pas possible de sortir du nucléaire en quelques années. La France, sous Valéry Giscard d’Estaing, au début de la crise pétrolière, a fait le choix, à l’époque peu contesté, de limiter sa dépendance énergétique en s’engageant à fond dans la filière nucléaire. Aujourd’hui, 78 % de notre électricité provient de cette source d’énergie (40 % moins 
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