Ministre du logement et de la ville depuis mai 2007, Christine Boutin a fondé le Forum des Républicains sociaux en 2002, mouvement autonome associé à l’UMP. Elle travaille sur un projet loi sur le logement actuellement examiné par le Parlement. Elle nous explique les raisons de ce projet et de ses engagements marqués par sa foi chrétienne.
La Nef – Vous avez présenté un projet de loi en faveur du logement, qui est actuellement examiné par les deux chambres. Quel est le but profond de cette loi ?
Christine Boutin – Nous sommes face à une profonde crise du logement : des hommes et des femmes vivent sans toit, les délais d’attente pour entrer dans le parc social sont parfois de plusieurs années, les familles modestes ou au niveau de vie moyen ne peuvent pas devenir propriétaires. Nous payons ainsi les erreurs statistiques d’il y a plusieurs années (trop faible appréciation du nombre de séparation familiale, erreur de prévision sur notre démographie, mauvaise appréhension des attentes de confort…) et les trop faibles mises en chantier de logement dans les années 90.
Ma loi poursuit quatre objectifs : 1) permettre aux ménages modestes d’être propriétaires ; 2) mettre fin au principe du droit au maintien dans les lieux afin d’assurer l’accès aux HLM à ceux qui en ont le plus besoin ; 3) lutter contre l’habitat indigne ; 4) renforcer la lutte contre l’exclusion.
Considérez-vous que l’amendement voté par le Sénat ait amputé gravement votre projet et comment l’expliquez-vous ?
Le Sénat a refusé de modifier la sacro-sainte règle selon laquelle avoir 20 % de logements sociaux, c’est avoir 20 % de logements locatifs sociaux. J’adhère à l’objectif de mixité sociale mais je ne pense pas qu’il soit moderne de limiter cette ambition au seul secteur locatif. Je prends acte du vote du Sénat mais je fais confiance aux députés. Je leur proposerais une nouvelle formule. Nous ne pouvons pas bloquer la société dans ce statu quo.
Outre ce projet de loi en faveur du logement, quels sont vos autres axes d’action pour le logement et la ville ?
Pour le logement, je veux citer le droit au logement opposable. La France est en avance pour garantir à chacun un toit pour chaque famille. Cela me semble déterminant. Les générations qui nous suivront en seront fières.
Pour la ville, je veux permettre le décloisonnement. À force de construire des dispositifs pour des zones spécifiques, nous avons construit des ghettos. Toute mon espérance pour nos quartiers est de faire tomber les murs. Nous devons permettre les rencontres pour que les liens humains retissent un cadre pour l’avenir.
Vous êtes connue dans le monde politique pour votre courageux combat pour la vie : où en êtes vous de ce combat et quelle place a-t-il pour un ministre du logement et de la ville ?
Vos propos m’étonnent. En fait, je suis étonnée à chaque fois que l’on me dépeint comme une femme courageuse. Je ne le ressens pas ainsi. Tenir ces positions, mener ces combats, ces actions, ce n’est pas l’expression d’une forme de courage, c’est simplement l’exercice d’une responsabilité. Cette responsabilité est celle de chacun d’entre nous dans le choix de vie (chrétiens) qu’il a fait. Nous devons agir, agir en conscience, agir en confiance. Notre vertu de l’Espérance est notre force chrétienne, elle rend le fardeau léger.
En défendant le droit au logement opposable, je construis les conditions qui permettent d’accueillir la vie. En cherchant à retisser les liens, je souhaite remettre des solidarités humaines qui ne laisseront plus de détresse sans réponses.
Je crois que les chrétiens doivent reprendre la parole. Nous devons sortir de la peur et de nos sacristies. Nous pouvons être porteurs de propositions fortes qui bénéficieront à toute la société car nous sommes héritiers d’un trésor : une vision de l’homme qui fonde toute notre réflexion,