Sauvés en espérance. C’est, plus qu’un simple titre d’encyclique, un programme. Non : un mode de vie. Non, encore : un enthousiasme, une habitation de Dieu en nous. Quand vous recevrez La Nef, peut-être l’aurez-vous déjà lu, ce nouveau texte du magistère de Benoît XVI. Au moment où nous écrivons, il n’est encore qu’annoncé.
Cependant, au milieu des cent, au milieu des mille événements du monde, il est possible de s’y retrouver déjà dans cette paradoxale espérance, de tenter de se glisser dans son doux lit, par la porte étroite. Au dehors, le monde comme il ne va pas poursuit son chemin. Rien ne saurait l’arrêter, semble-t-il. Connaît-on encore une région du monde sauve des bataillons du chaos ? Nous verrons des signes dans le ciel, nous entendrons parler de guerres, sans doute ne sera-ce pas, sans doute n’est-ce pas encore la fin. Mais ça ressemble tout de même un peu à sa préparation, cette « montée aux extrêmes » à quoi nous assistons, comme l’interprète René Girard dans son Clausewitz (cf. page 40), alors que la violence entièrement libérée ne produit plus même de sacré archaïque. Mais seulement de la violence encore. Ce ne sont pas nos chères banlieues qui diront l’inverse.
Au milieu de la désolation, donc, cependant, pourtant et encore, l’espérance, qui n’a, par définition, pas besoin de signes, ni d’encouragements pour exister : « La foi que je préfère, dit Dieu, c’est l’espérance… »
Mais l’espérance, si elle ne réclame rien que la grâce, en bonne vertu théologale qu’elle est, pour vivre et pour perdurer, sait, elle, porter des fruits immédiatement et sur cette terre, où nous cherchons aussi le bonheur. La science vient ainsi de cueillir un fruit magnifique dans le panier de la petite fille : ces fameuses cellules souches adultes, dont l’Église soutenait contre vents et marées l’utilisation plutôt que celle des cellules embryonnaires. Mgr Sgreccia, président de l’Académie pontificale pour la vie, le rappelait ces jours-ci : « L’Église avait mené cette bataille pour des motifs éthiques, encourageant les chercheurs à progresser sur les cellules souches adultes et déclarant illicite l’immolation de l’embryon. Maintenant, ces chercheurs en sont arrivés là, non tant pour des motifs de foi, mais pour le succès de la recherche. Le succès s’est présenté et cela permet aussi de dire qu’entre l’éthique et la science – la vraie – il y a une parenté. L’éthique qui respecte l’homme est aussi utile pour la recherche et cela confirme également qu’il n’est pas vrai que l’Église est contraire à la recherche : elle est contraire à la mauvaise recherche, à celle qui nuit à l’homme, et dans ce cas, à l’homme-embryon ».
Contre les investissements massifs privés et publics allant évidemment au plus facile et au plus notoirement rentable, soit à la matière infiniment malléable de cet être qui, à force d’être caché n’est jamais apparu comme aussi entièrement réel qu’à notre époque – l’embryon – il fallait une sérieuse dose d’espérance pour croire à une autre science possible. Malgré cette victoire, les mensonges à propos des rapports de l’Église et de la science ne tariront pas, c’est certain. Mais nous y sommes habitués, et c’est notre destin.
Ce monde révèle chaque jour le sien, qui est de demeurer conservateur : ce qu’il reproche au fond au christianisme, c’est d’avoir bouleversé son mode de fonctionnement sacrificiel, si bien huilé du sang de ses victimes. L’Espérance seule est révolutionnaire. C’est d’ailleurs la seule vertu chrétienne que le monde n’ait jamais entrepris de singer. Parce qu’elle est si spirituelle qu’elle ne pouvait qu’échapper à ses doigts gourds. C’est notre trésor propre. Usons et abusons de son royal pouvoir de changer la vie.