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Surmonter nos divisions

Editorial

Christophe Geffroy

Source : La Nef n°232 de décembre 2011
Depuis la mi-octobre, une pièce de théâtre de Romeo Castellucci, Sur le concept du visage du Fils de Dieu, n’a cessé de susciter de vives réactions chez nombre de chrétiens qui y ont vu une provocation blasphématoire. D’autres chrétiens ont fait de cette pièce une lecture différente, suscitant des débats qui ont pris une ampleur et une violence fort regrettable. Et peut-être n’est-ce pas fini, puisqu’une nouvelle pièce arrive à Paris en décembre, Golgota Picnic, qui, elle au moins, si j’ose dire, fait l’unanimité contre elle, tant il s’agit d’une farce grossière, abjecte et blasphématoire sans l’ombre d’un doute possible (1).
De telles agressions envers la foi des fidèles, au nom d’un « art » pris en otage par des malades pervers ou des auteurs sans talent en mal de publicité, ne peuvent nous laisser indifférents et il est donc juste de chercher à agir pour manifester notre indignation et tâcher de faire cesser de telles provocations. Lesquelles, chacun l’a bien constaté, ne concernent jamais que le christianisme et lui seul, nos pseudo-artistes n’ayant pas encore eu le courage de ridiculiser le judaïsme ou l’islam – ce que je ne souhaite nullement. Mais après tout, n’est-ce pas aussi un hommage rendu au christianisme qu’ils considèrent toujours comme la culture dominante à combattre ?
Cette division des catholiques face à la pièce de Castellucci, ostensiblement étalée sur la place publique, avec des échanges d’une extrême violence, suivis d’anathèmes et accusations de toutes sortes, nous invite instamment à réfléchir pour éviter, à l’avenir, que se reproduise un si triste spectacle, dont chacun conviendra qu’il ne donne pas de l’Église une image très positive.

La première réflexion nécessaire, me semble-t-il, est de mesurer le degré de contingence de la position que l’on défend. Le drame, bien souvent aujourd’hui, est de mettre de l’absolu dans les choses contingentes et de relativiser les choses absolues. Comment voudrait-on que nous, les simples fidèles du rang, nous soyons tous d’accord sur la pièce de Castellucci, quand nos évêques eux-mêmes divergent totalement sur la façon d’appréhender son caractère blasphématoire ? Dans une telle affaire qui relève de la vertu de prudence, où tout et son contraire ont été dits et « démontrés » par des chrétiens bien formés et de bonne foi, n’est-il pas tout simplement normal que des avis différents s’expriment (2) ? Et pourquoi, alors, cela ne pourrait-il pas se faire dans le respect de l’opinion d’autrui, dans la charité sur laquelle nous serons jugés ? Je comprends que ces affaires nous blessent et nous poussent à réagir avec passion, mais essayons d’admettre qu’il n’est pas illégitime que d’autres, tout aussi sincères et « bons chrétiens » que nous pensons l’être, aient une analyse différente de la nôtre, sans être pour autant des traîtres, des tièdes, des naïfs, des imbéciles ou bien pire encore…

La seconde réflexion devrait porter sur les rapports entre la culture moderne et le christianisme – thème cher à Benoît XVI – et la façon de réagir face à toute manifestation culturelle anti-chrétienne (3). Il n’y a pas qu’une seule façon possible de protester et, là encore, ne croyons pas détenir seuls l’unique « bonne méthode ». La prière devant un théâtre où se joue une œuvre réellement blasphématoire, par exemple, est une réponse qui me semble légitime, dès lors qu’elle exclut toute violence et tout propos agressif contre les personnes présentes – car, dans le cas contraire, cela se transforme en contre-témoignage aussitôt exploité par les médias, alors que la violence policière contre des manifestants rapidement qualifiés d’« intégristes » ne les gêne nullement. Il faut également être conscient que de telles manifestations risquent d’être tactiquement contre-productives, car elles procurent à des œuvres minables et de plus en plus souvent scatologiques une publicité exceptionnelle – certains « artistes » n’attendent que ça 
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