L’an dernier, le Téléthon, qui se déroulera cette année le 8 décembre, avait soulevé une vive controverse. C’est l’occasion d’en tirer les leçons et de réfléchir aux enjeux fondamentaux de la bioéthique.
Beaucoup d’observateurs ont perçu dans la controverse passée du Téléthon le retour d’une prise de parole forte des catholiques dans l’espace public concernant le respect de la vie humaine dès sa conception.
Quels sont les facteurs qui ont concouru à faire éclater ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire du Téléthon ? Et quels enseignements pouvons-nous en tirer pour une annonce active et renouvelée de la culture de vie dans les grands débats bioéthiques qui agitent nos sociétés postmodernes ?
Au n. 95 de l’encyclique Evangelium vitae, Jean-Paul II avait exhorté les chrétiens à « construire tous ensemble une nouvelle culture de vie : nouvelle, parce qu’elle sera en mesure d’aborder et de résoudre les problèmes inédits posés aujourd’hui au sujet de la vie de l’homme ; nouvelle, parce qu’elle sera adoptée avec une conviction forte et active par tous les chrétiens ; nouvelle, parce qu’elle sera capable de susciter un débat culturel sérieux et courageux avec tous ». Reprenons ces trois recommandations du Saint-Père.
Une nouvelle culture de vie
Première proposition de Jean-Paul II : être capable d’affronter la complexité des pratiques biomédicales actuelles. C’est bien ce qui fut à l’origine de la controverse du Téléthon. Reprenant les argumentaires fouillés de la Fondation Jérôme Lejeune, la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon a rappelé ce que recouvrait la technique du diagnostic préimplantatoire (DPI). Le spécialiste de la bioéthique du Monde, Jean-Yves Nau, écrivait ainsi : « Les responsables de l’Église catholique n’ont pas tort de rappeler que les enfants sains, montrés dans ce spectacle qu’est le Téléthon, ne sont en rien des enfants guéris. Une erreur majeure serait ici d’assimiler guérison et tri embryonnaire. Et, sauf à accepter d’entrer dans une phase de régression collective, il importe de maintenir cette distinction » (1). Utiliser la fécondation in vitro pour se donner les moyens d’éliminer les embryons porteurs du gène « défectueux » en ne réimplantant que ceux qui en seraient exempts nous a conduits à poser cette question très simple : que penser d’une médecine qui affirme soigner la maladie en supprimant à la source les malades ? La cohérence de l’argumentation posait d’ailleurs une autre question qui prend aujourd’hui des proportions tout à fait inédites dans nos démocraties sécularisées : celle de l’eugénisme. L’avortement in vitro et in vivo des enfants souffrants d’anomalies génétiques et chromosomiques est dans les faits érigé en quasi politique de santé publique. À tel point que Didier Sicard, président du CCNE, osait dire que « la France construit pas à pas une politique de santé qui flirte de plus en plus avec l’eugénisme […]. La vérité centrale est que l’essentiel du dépistage vise à la suppression et non pas au traitement. Ainsi le dépistage renvoie à une perspective terrifiante : celle de l’éradication » (2).
Aborder et résoudre les problèmes posés au sujet de la vie, c’était aussi nous intéresser à une seconde problématique : celle de la recherche sur l’embryon humain. Le décret d’État du 6 février 2006 autorise en effet les scientifiques français à expérimenter sur les « embryons surnuméraires dépourvus de projet parental ». L’objectif est de prélever, après désagrégation de l’être humain dans sa plus extrême jeunesse, les fameuses cellules souches embryonnaires dont on espère qu’elles pourront régénérer des organes défaillants si elles sont correctement cultivées. Or, le dogme de l’embryon réservoir de pièces détachées, s’il est meurtrier sur le plan éthique, s’est avéré être une imposture sur le plan médical.
En septembre 2006, l’Académie pontificale pour la