Depuis le 19 décembre, la voie de la béatification est ouverte pour Pie XII, suscitant des réactions très contrastées, les opposants lui reprochant à lui seul son « silence » – mais point à Roosevelt, Churchill ou Staline ! Un tournant est néanmoins en train de se produire en faveur du grand pape, comme si l’accusation était décidément trop injuste. Nous publions ici un témoignage fort et poignant en faveur de Pie XII.
Le décret du pape Benoît XVI sur les vertus héroïques de Pie XII a réjoui les catholiques attachés à la mémoire de cet homme admirable, d’une inégalable douceur et d’une haute intelligence, de ce pape martyr de sa vocation de chef de l’Église dans la plus terrible tourmente historique que l’humanité ait connue.
En même temps, ce décret a provoqué en France un tollé de protestations. Les opposants au décret, certains historiens, des personnalités laïques, juives, protestantes et catholiques, reprochent à Pie XII son silence sur la Shoah. Ils choisissent d’ignorer les témoignages de reconnaissance pour ses efforts pendant la guerre pour sauver les Juifs, témoignages qui viennent de survivants de la Shoah et de hauts responsables de la communauté juive et de l’État Israël après la guerre.
En écoutant les critiques et en essayant de comprendre les soucis véritables de celles et ceux qui critiquent l’attitude du pape Benoît XVI, on arrive à la conclusion que même l’ouverture complète des archives du Vatican ne mettra pas fin à la controverse. Car le seul reproche fait à Pie XII étant son « silence », il ne sera pas invalidé par des documents secrets du temps de la guerre, encore inconnus, des archives du Vatican.
C’est ce qui nous oblige à élargir la portée et à approfondir la perspective des efforts pour faire comprendre, d’un côté, les défis auxquels Pie XII a dû faire face et donc la valeur véritable de ses réponses à ces défis et, d’un autre côté, le sens et la portée de la démarche de l’Église qui proclame, par le décret de Benoît XVI, ses vertus héroïques.
La personne de Pie XII, ses écrits et paroles sont déjà bien connus dans les moindres détails grâce à ses riches biographies et à des publications diverses. C’est pourquoi nous nous pencherons plutôt sur les réalités de son époque, époque devenue presque méconnaissable sous la plume des détracteurs de ce pape. C’est tout particulièrement contre les myopies modernes du politiquement correct, certes commodes pour certains cercles, mais très dangereuses pour notre avenir commun, que l’auteur de ces lignes s’insurge. Il a la vision du siècle passé ébranlé dès son début par des « incendies » mondiaux jamais connus auparavant et son expérience personnelle — qui est celle de plus de 5 millions des Juifs russes et de centaines de millions d’hommes d’Europe de l’Est.
Il s’agit d’abord de ce fait fondamental : la béatification de Pie XII, comme la béatification et la canonisation de tous les Saints et Saintes de l’Église, est une manifestation publique du véritable mystère de l’Église, la Communion des Saints.
Une ingérence flagrante
Sur le fond donc, toute intervention extérieure dans le déroulement de cette manifestation, intervention qui cherche à influencer radicalement et même à empêcher le processus, constitue une ingérence flagrante dans l’exercice du droit souverain et sacré du pape Benoît XVI, de l’Église catholique en général et de chaque catholique en particulier.
Il faut saluer les efforts de personnes étrangères à l’Église catholique, et tout particulièrement de nos « frères aînés » d’après la belle formule de Jean-Paul II, de comprendre l’initiative de Benoît XVI et d’exprimer leurs émotions, leurs réflexions et leurs critiques, qui ne peuvent qu’enrichir la réflexion de l’Église. Mais force est de constater que certaines initiatives publiques de pression sur l’Église, dignes des campagnes électorales les plus agressives, fournissent la preuve la plus évidente et la plus