humain au Verbe divin a des conséquences métaphysiques importantes : il faut peut-être compter le verbe parmi les transcendantaux. Mais cela a aussi des conséquences dans la pratique même de la théologie : on retrouve de l’enthousiasme ! Une fois la confiance en la parole restaurée au contact de la révélation, la théologie peut redevenir quête de Dieu au moyen des mots, comme elle le fut pour saint Thomas d’Aquin. Elle peut aussi se retrouver à l’avant-garde du mouvement culturel, et non plus à la remorque des évolutions du siècle…
En Terre sainte, où vous vivez, vous participez à des rencontres interreligieuses, en particulier judéo-chrétiennes. Vous avez aussi un engagement « Justice et paix ». Quel rapport entre ces engagements circonstanciels et vos travaux de théologie « fondamentale » ?
La Jérusalem terrestre oblige le théologien à garder les pieds sur terre. Ici toutes les belles catégories de la théologie traditionnelle passent au creuset de l’humanité qui pèche… au nom de Dieu ! Le « peuple élu » qui retrouve la « Terre promise » : on espérait des prodiges ! En réalité, on se retrouve coincé entre sympathie « dogmatique » pour le judaïsme et abattement devant l’occupation israélienne des Territoires ; entre la compassion « charitable » pour la population palestinienne et le malaise devant l’islamisme… Ici, rien de ce qu’on pense ni de ce qu’on dit sur Dieu ne reste dans les livres. Cela a des conséquences rapides dans la vie des gens. Dans ce contexte, la charité concrète envers le prochain est la première urgence et elle peut se manifester pour le théologien catholique dans la rencontre interreligieuse. Elle nous empêche de nous approprier le mystère de Dieu, tout en nous plongeant dans une admiration toujours plus profonde devant l’incarnation de ce mystère en Jésus-Christ. En Terre Sainte, même l’air qu’on respire est théologique !
Et l’exégèse biblique, dans tout cela ?
Étudier la Bible au pays de la Bible, comme nous le faisons à l’École, cela change tout. En particulier, étudier le Nouveau Testament dans son contexte juif d’avant le judaïsme rabbinique, en compagnie de nos collègues de l’Université hébraïque, nous fait faire de grands progrès pour nous approcher de l’humanité de Jésus dans sa culture. Ce qui me passionne personnellement, c’est de découvrir de plus en plus combien la foi en l’incarnation de Dieu, si improbable soit-elle, était culturellement possible dans la culture juive de la Palestine du Ier siècle… Mais de tout cela, il faudrait reparler une autre fois !
Propos recueillis par Christophe Geffroy
Principaux écrits
– Pagina sacra. Le passage de l’Écriture Sainte à l’écriture théologique (vol. 3), postface de John Milbank, Ad Solem/Cerf, 2009, 1042 pages, 62 e.
– La langue de l’ineffable. Le fondement théologique de la métaphysique (vol. 2), Ad Solem, 2004, 508 pages, 47 e.
– Littérature et théologie : une saison en enfer (vol. 1), Ad Solem, 2003, 504 pages, 47 e.
– Nostalgies d’Israël, entretiens avec le P. M.-J. Dubois, avec Annie Laurent, Cerf, 2006, 418 pages, 34 e.
– Adoro, petit traité de la présence de Dieu à trois voix domincaines, avec G. Trainar, Ad Solem, 2005, 103 pages, 10 e.
– Radical Orthodoxy : pour une révolution théologique, avec A. Pabst et C. Pickstock, Ad Solem, 2004, 162 pages, 17 e.