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"Tout le monde est bienvenu"

Frigide Barjot

Source : LA NEF N°244 DE JANVIER 2013
Frigide Barjot est la principale organisatrice de « La Manif pour tous » qui appelle, le 13 janvier,
à se rassembler à Paris (13h, place d’Italie, mais aussi place Denfert-Rochereau et Porte-Maillot) contre
le projet de « mariage » homosexuel du gouvernement socialiste. Entretien.


La Nef – Pouvez-vous rappeler pourquoi et comment vous vous êtes lancée dans ces manifestations contre le « mariage » homosexuel ?
Frigide Barjot – Simplement parce que personne ne le faisait, à part Civitas. Tout a commencé le 5 septembre, jour où se sont réunies 40 associations qui se chamaillaient à propos du leadership – dont Civitas d’ailleurs. Nous nous étions mis à peu près d’accord sur la procédure, quand le 8, Civitas a annoncé unilatéralement une manifestation pour le 18 novembre. Et le 10 septembre, coup de tonnerre : Christiane Taubira, ministre de la Justice, présente son projet de loi dans La Croix. Mon sang alors ne fait qu’un tour : il faut organiser une grande manifestation rassembleuse ! Seulement, tout le monde est contre. Nous arrivons pourtant à publier une tribune commune, rassemblant des gens de droite et de gauche, homos et hétéros, cathos et agnostiques, d’abord dans Le Figaro, puis dans Libé.
Mais des appels à manifester le 18 novembre circulent partout, sans qu’il y ait même une référence à l’organisateur qui est Civitas : les gens voulaient descendre dans la rue, et je les comprenais. Nous montons un site, chacun lance ses pétitions de tous côtés. Mais rien de concret ni de rassembleur n’arrive. Nous nous retrouvons à quatre pelés à vouloir organiser une manif : Ludovine de La Rochère, Xavier Bongibault, Albéric Dumont et moi-même. Je suis reçue par Mgr de Moulins-Beaufort, lui expose notre désir. Il me répond de faire selon ce que me dicte ma conscience, ni ne m’encourage ni ne me déconseille la manif. Au 15 octobre, l’état de la situation est donc le suivant : nous avons trouvé le nom de « Manif pour tous », et disposons d’un site en construction. Je me rends à la préfecture de police, où je déclare la manifestation du 17 à mon nom seul parce que personne ne voulait s’y risquer, et j’annonce 10 000 personnes…
À ce moment-là, nous n’avons pas d’assurance, pas de prestataires, pas d’argent. Nous faisons les tracts nous-mêmes. Albéric Dumont forme 1000 jeunes pour le SO. Seul un entrepreneur lyonnais nous donne 20 000 euros. Et le 17 novembre, divine surprise, nous voyons que la place Denfert n’arrive pas à contenir tout le monde : nous serons 150 000. Et sans logos, sans banderoles, ce sera vraiment la manif pour tous, comme nous la voulions, qui rassemble donc tout le monde.

Dans certains milieux, on vous tient rigueur de clamer partout que vous luttez « contre l’homophobie »…
Bien sûr, mais il faut comprendre le sens général de cette lutte : la première homophobie aujourd’hui est celle du gouvernement qui veut que les personnes homosexuelles soient entièrement et seulement guidées par leurs instincts sexuels, ce qui est d’une certaine manière les réifier et nier leur singularité et leur identité personnelle – leur liberté en fait. De plus, l’homosexualité est aujourd’hui instrumentalisée par l’idéologie du genre, pour faire croire que chacun pourrait choisir non seulement son orientation sexuelle, mais encore son « genre », c’est-à-dire son sexe symbolique. C’est une aberration, et cette récupération des personnes homosexuelles est une véritable homophobie.

Qui, selon vous, sera présent à Paris le 13 janvier ?
Le 13 janvier, tout le monde sera là, car tout le monde est le bienvenu. On assiste à un renversement de l’opinion, simplement parce qu’auparavant on ne lui disait pas la vérité. Il ne s’agit pas d’un projet d’égalité, comme on a tenté de le faire croire, mais de 
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